Montaigne, Les Essais.
Les moralistes du XVIe siècle, très attachés à la pensée païenne qui vient d’être découverte et à la pensée chrétienne qui est la leur, s’efforcent d’unir le meilleur de la morale païenne à la morale chrétienne.
Ainsi Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592) sépare la religion de la vie, en confiant la direction de la vie présente à la sagesse humaine, et la préparation de l’autre vie à la religion chrétienne.
Il naquit au château de Montaigne (près de Bordeaux) en 1533. Son père l’éleva avec un mélange de rudesse et de douceur pour fortifier son corps et affiner son âme : il voulut confier sa première enfance à des paysans, mais le faisait réveiller en musique. Il lui apprit le latin comme langue maternelle.
Montaigne devint conseiller au Parlement de Bordeaux, peu attentif aux devoirs de sa charge, mais charmé et occupé par l’amitié d’Etienne de la Boëtie, un conseiller de grand mérite. Il le perdit en 1565 et ne se consola jamais de cette perte. En 1570, il vit mourir son père, pour qui il avait un culte profond. Montaigne se retire alors dans son château et il va vivre dans sa «librairie», étudiant les hommes dans les livres, réfléchissant et écrivant sans plan concerté. Ses feuillets réunis forment un volume qu’il publie en 1580 sous ce titre modeste : Essais.
Puis il se met à voyager à travers l’Europe pour se distraire et pour soigner sa santé. A Bordeaux, on le nomme maire entre-temps. Il se fait un peu tirer l’oreille ; puis il accepte à condition qu’il ne se donnera pas tout entier à sa charge ; et il tient parole : pendant la peste de Bordeaux, il reste prudemment au bon air à la campagne. Sa charge finie, il se retire de nouveau à Montaigne, reprend son oeuvre, la corrige, y ajoute un troisième livre et publie le tout en 1588. Quand il mourut en 1592, il laissait des notes pour une troisième édition que devait publier sa fille spirituelle, Mlle. de Gournay.
La pensée de Montaigne a évolué entre 1570 et 1592. Au début, Montaigne a été séduit par l’austérité de la morale stoïcienne. Puis il devient sceptique, et il expose une philosophie entièrement détachée de toute affirmation. Enfin, il sort du scepticisme, cherchant la sagesse. Dans les Essais de 1588, il se raconte lui-même et, à l’aventure, il tire de cette connaissance de lui-même une doctrine morale.
On pourrait la ramener à ceci : il faut s’étudier, se connaître, se développer pour pouvoir jouir de tout ce que la vie a de bon et pour pouvoir, sans trop de peine, vivre, souffrir, aimer, lutter et mourir. L’idéal moral consiste à maintenir l’équilibre entre ses facultés, ses instincts, sa raison, ses passions ; c’est difficile, il y faut une attention constante ; voilà pourquoi le sage vit chez lui et ne se mêle pas aux affaires publiques.J.Calvet, Petite Histoire Illustrée de la littérature française, Paris, Editions J.De Gigord, 1966
Montaigne dans Wikipedia: FR / NL
“Que philosopher, c’est apprendre à mourir”.
Prima, quae vitam dedit, hora carpsit*
Ieder moment dat u leeft steelt u van het leven af; leven gaat ten koste van het leven. De permanente taak van uw leven is aan de dood te bouwen. U bent in de dood, terwijl u in leven bent. Wanneer u niet meer in leven bent, heeft u uw dood achter de rug; of – als u hieraan de voorkeur geeft – u bent dood na het leven, maar stervende terwijl u leeft; en de dood treft de stervende veel harder dan de dode, op een levendiger en wezenlijker manier.
*Het eerste uur, dat ons leven gaf, nam het ook weg. (Seneca: Hercules furios III)
Michel de Montaigne, Essays – Filosoferen is leren sterven (Boom, 1993)
Que philosopher, c’est apprendre à mourir (texte original) (Essais, I, chap. XIX)
Que philosophe, c’est apprendre à mourir (traduction en français moderne)
La longévité, pour quoi faire?
Savoir vivre et savoir mourir.
De weg naar de dood is zwaarder dan de dood
Leren sterven (uit Filosofie Magazine)



