Notice biographique
D’origine noble, le jeune Ronsard était destiné à une carrière des armes ou à la diplomatie. Une grave maladie qui l’a rendu sourd à l’âge de 15 ans, l’a obligé de renoncer à ses ambitions. 

Il s’est mis à étudier les lettres au Collège de Coqueret à Paris, sous la direction de Baïf et Dorat.

Dans son oeuvre, il imite d’abord Horace [1] et Pindare, puis il s’inspire de Plutarque.

Considéré comme le chef de la Pléiade, il connaîtra le succès pendant vingt ans.

Vers 1570, il écrit un vaste poème épique, La Franciade qui est un échec complet et qui nuit beaucoup à sa réputation.

Malade, il se retire dans son domaine et écrit encore quelques recueils de poésie amoureuse et mélancolique.

Oeuvres
Odes (1550)
Les Amours (1552)
La Franciade (1572)
Les Amours d’Hélène (1578)
Les Sonnets sur la Mort de Marie (1578)

Odes (Extrait)

Cette Ode à Cassandre est très connue et un exemple de l’originalité de Ronsard.

Nous y trouvons des thèmes de l’épicurisme [2], de la mélancolie mais avant tout un style très parfait et très naturel.


Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme un peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las ses beautés laissé choir !
O vraiment marâtre Nature,
Puisqu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.


Vocabulaire
déclose : ouvert
la vesprée : < les vêpres : la soirée
las : hélas
fleuronner : fleurir 

Exercice

1. Quels thèmes de l’épicurisme peut-on retrouver dans ce poème ?
2. Montrez que la structure du poème renferme un petit drame dont le pathétique augmente vers la fin.
3. Savez-vous quel auteur classique rappelle le vers 16 ?
4. La dernière strophe est bâtie sur une comparaison implicite. Laquelle ? Expliquez-la.


Les Sonnets pour Hélène (1578) (Extrait) 

A l’âge de 45-50 ans, Ronsard a rencontré Hélène de Surgères, une jeune fille qui avait perdu son fiancé dans une guerre.

Peu à peu, il est tombé amoureux d’elle et l’amour est devenu un amour sincère malgré la différence d’âge et la réserve d’Hélène. Cet amour a inspiré à Ronsard de très beaux sonnets et stances qui sont considérées comme ses oeuvres les plus parfaites.


Quand vous serez bien vieille …

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
“Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle !”

Lors, vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre, et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

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Vocabulaire 

la chandelle : un flambeau de résine. C’était l’éclairage des familles riches au XVIème siècle
dévider : haspelen (i.v.m. weefgetouw)
lors : forme ancienne de “alors”
oyant : part. prés. < ouïr
un ombre : au XVIème siècle le mot était encore masculin
myrteux : le myrte : une plante toujours verte à fleurs blanches. Chez les Romains elle était consacrée à Vénus. Aux dires de Virgile, les myrtes étaient hantés par les amoureux.
fier : farouche

Exercice

1. Comment l’auteur présente-t-il la femme qu’il aime ?
2. Quel est le contraste entre la destinée du poète et celle de Hélène ?
3. Ronsard est orgueilleux. Montrez-le par des exemples concrets.
4. Quel était le but de Ronsard en écrivant ce poème ? Quels sont les moyens dont il se sert pour l’atteindre ?

[1] poète latin (65-8 av. J.-C.) qui laisse des Odes, des Satires et un Art poétique
[2] philosophie du grec Epicure (341-270 av. J.-C.). Il établit une morale du plaisir intellectuel qui vient de la pratique de la vertu.

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Ronsard
Pierre de Ronsard (1524 – 1585) était de descendance noble, et dès lors prédestiné à une carrière militaire ou diplomatique. Mais devenu sourd, il décide de se consacrer à la poésie. Ses succès le désignent bientôt comme chef de la première école poétique (un groupe de poètes avec une doctrine et un chef de file) française : la Pléiade (1550-1570), qu’il avait fondée avec Joachim du Bellay

En 1549 ils publient La Défense et Illustration de la langue française.

** défense : contre les humanistes, qui voulaient écrire tout en latin (à ce moment-là la langue mondiale par excellence.

** illustration (= enrichissement) : on va enrichir la langue et la littérature françaises en imitant les genres des Anciens (ode, épopée, sonnet), en empruntant des éléments de la mythologie grecque et latine, en employant des mots latins, grecs, italiens, dialectaux, …

Une grande partie de l’oeuvre de Ronsard est ainsi consacrée à l’imitation des Anciens (Les Odes (1550) ; La Franciade : épopée nationale sur le mode de l’Enéide) et de la poésie italienne. Ronsard sait s’exprimer avec simplicité et avec grâce : il trouve des accents émouvants dans les Amours de Cassandre (1552), les Amours de Marie (1555), et les Sonnets pour Hélène (1578).

On voit que Ronsard a toujours aimé les femmes. Quand il arrivait à un âge mûr, il mélangeait dans ses poèmes deux thèmes : l’amour et le temps. Il faut aimer quand on en a encore l’occasion, il ne faut pas attendre que ce soit trop tard : l’amour ne dure pas, et la jeunesse passe.

Il est mort après une longue maladie, dans sa maison près de la Loire.

Lors d’une fête à la cour de Blois, Ronsard, âgé de vingt ans, rencontre la charmante Cassandre Salviati, fille d’un banquier italien. Il lui dédie le poème «Ode à Cassandre».


Ode à Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

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1 mignon: délicat, gentil ; lief, aardig
mignonne: lieveling, schatje
2 déclore (vx.): ouvrir ; doen openvouwen, doen ontluiken
déclose: maintenant on ne ferait plus l’accord (le C.O.D. suit !)
4 a point: n’a point du tout (n’a pas du tout)
4 cette vêprée (vx.): ce soir
5 un pli: een plooi
5 pourpré (adj.): de couleur pourpre
6 le teint: le coloris du visage, de gelaatskleur
7 las: hélas
7 en peu d’espace: en peu de temps
8 dessus la place: sur la place
9 choir (vx.): tomber
10 une marâtre: belle-mère par rapport aux enfants du premier lit ; mère dénaturée ; « een stiefmoe­der
10 « O, comme la nature est vraiment une mauvaise mère »
12 jusques au (poétique): jusqu’au
14 votre âge: votre jeunesse
14 fleuronner (vx.): pousser des fleurs, être en fleurs ;
« bloeien » (actuellement : « versieren met bloemvormige sieraden »)
15 en sa première jeunesse, dans ses premiers débuts
16 cf. Horace (poète latin : 64 – 8 avant J.C.) : « Carpe diem », cueille la journée.
17 comme: net zoals bij
18 ternir: rendre terne (dof,mat) ; « dof maken, bezoedelen, doen verwelken, doen vergaan 

QUESTIONS.

1. Quel est le rôle joué par les femmes, et en particulier par la jeune Cassandre, dans l’inspiration poétique de Ronsard ?
2. Quelle est la réalisation principale de Ronsard pour la littérature française de la Renaissance ?

ANALYSE.

1. Comment la jeune fille adorée est-elle comparée à la rose ? Résumez le contenu des trois strophes.
2. Pour quelle raison l’auteur a-t-il choisi une rose comme point de comparaison ?
3. Comparez le ton des trois strophes.
4. Comment voit-on que ce poème a été écrit dans la Renaissance ?
5. Quel est le thème de ce poème ?
6. (L’épicurisme est un courant philosophique fondé par Epicure (un philosophe grec du 4e siècle avant J.C.). Selon l’épicurisme il faut vivre au jour le jour, parce que demain, on peut être mort. Il est aussi représenté par le poète romain Horace.)
Où se trouvent ici des thèmes épicuriens : jouissance, fuite du temps, crainte de la mort ?
7. Ce poème renferme un petit drame. Relevez-en les différents épisodes.


J’ai l’esprit tout ennuyé

J’ai l’esprit tout ennuyé
D’avoir trop étudié
Les Phénomènes d’Arate ;
Il est temps que je m’ébatte
Et que j’aille aux champs jouer.
Bons Dieux ! qui voudrait louer
Ceux qui, collés sus un livre,
N’ont jamais souci de vivre ?

Que nous sert l’étudier,
Sinon de nous ennuyer ?
Et soin dessus soin accroître
A nous, qui serons peut-être
Ou ce matin, ou ce soir
Victime de l’Orque noir ?
De l’Orque qui ne pardonne,
Tant il est fier, à personne.

Corydon, marche devant ;
Sache où le bon vin se vend ;
Fais rafraîchir la bouteille,
Cherche une feuilleuse treille
Et des fleurs pour me coucher.
Ne m’achète point de chair,
Car, tant soit-elle friande,
L’été je hais la viande ;

Achète des abricots,
Des pompons, des artichauts,
Des fraises et de la crème
C’est en été ce que j’aime,
Quand, sur le bord d’un ruisseau,
Je les mange au bruit de l’eau,
Etendu sur le rivage
Ou dans un antre sauvage.

Ores que je suis dispos,
Je veux rire sans repos,
De peur que la maladie
Un de ces jours ne me die,
Me happant à l’impourvu :
« Meurs, galant, c’est trop vécu ! »

À Ronsard

À toi, Ronsard, à toi qu’un sort injurieux,
Depuis deux siècles, livre au mépris de l’histoire,
J’élève de mes mains l’autel expiatoire
Qui te purifiera d’un arrêt odieux.

Non que j’espère encore, au trône radieux
D’où jadis tu régnais, replacer ta mémoire:
Tu ne peux de si bas remonter à la gloire;
Vulcain impunément ne tomba point des cieux.

Mais qu’un peu de pitié console enfin tes mânes;
Que, déchiré longtemps par des rires profanes,
Ton nom, d’abord fameux, recouvre un peu d’honneur!

Qu’on dise: Il osa trop, mais l’audace était belle;
Il lassa, sans la vaincre, une langue rebelle,
Et de moins grands, depuis, eurent plus de bonheur.

Sainte-Beuve (1828)


Pierre de Ronsard (1524-1585), À son âme.

Amelette Ronsardelette,
Mignonnelette, doucelette,
Tres-chere hostesse de mon corps,
Tu descens là-bas foiblelette,
Pasle, maigrelette, seulette,
Dans le froid royaume des mors ;
Toutesfois simple, sans remors
De meurtre, poison, ou rancune,
Méprisant faveurs et tresors
Tant enviez par la commune.
Passant, j’ay dit : suy ta fortune,
Ne trouble mon repos, je dors.


Publius Aelius Hadrianus (76-138), Animula vagula blandula.

Animula vagula, blandula
hospes comesque corporis,
quae nunc abibis in loca
pallidula, rigida, nudula,
nec, ut soles, dabis iocos.