Pierre de Ronsard (1524-1585)

Biographie de Ronsard – Ode à Cassandre – J’ai l’esprit tout ennuyé
Biographie de Ronsard – Ode à Cassandre – Quand vous serez bien vieille
À son âme – Animula vagula blandula
Biografie (nl)


Ronsard
Pierre de Ronsard (1524 – 1585) était de descendance noble, et dès lors prédestiné à une carrière militaire ou diplomatique. Mais devenu sourd, il décide de se consacrer à la poésie. Ses succès le désignent bientôt comme chef de la première école poétique (un groupe de poètes avec une doctrine et un chef de file) française : la Pléiade (1550-1570), qu’il avait fondée avec Joachim du Bellay

En 1549 ils publient La Défense et Illustration de la langue française.

** défense : contre les humanistes, qui voulaient écrire tout en latin (à ce moment-là la langue mondiale par excellence.

** illustration (= enrichissement) : on va enrichir la langue et la littérature françaises en imitant les genres des Anciens (ode, épopée, sonnet), en empruntant des éléments de la mythologie grecque et latine, en employant des mots latins, grecs, italiens, dialectaux, …

Une grande partie de l’oeuvre de Ronsard est ainsi consacrée à l’imitation des Anciens (Les Odes (1550) ; La Franciade : épopée nationale sur le mode de l’Enéide) et de la poésie italienne. Ronsard sait s’exprimer avec simplicité et avec grâce : il trouve des accents émouvants dans les Amours de Cassandre (1552), les Amours de Marie (1555), et les Sonnets pour Hélène (1578).

On voit que Ronsard a toujours aimé les femmes. Quand il arrivait à un âge mûr, il mélangeait dans ses poèmes deux thèmes : l’amour et le temps. Il faut aimer quand on en a encore l’occasion, il ne faut pas attendre que ce soit trop tard : l’amour ne dure pas, et la jeunesse passe.

Il est mort après une longue maladie, dans sa maison près de la Loire.

Lors d’une fête à la cour de Blois, Ronsard, âgé de vingt ans, rencontre la charmante Cassandre Salviati, fille d’un banquier italien. Il lui dédie le poème «Ode à Cassandre».



Ode à Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

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1 mignon: délicat, gentil ; lief, aardig
mignonne: lieveling, schatje
2 déclore (vx.): ouvrir ; doen openvouwen, doen ontluiken
déclose: maintenant on ne ferait plus l’accord (le C.O.D. suit !)
4 a point: n’a point du tout (n’a pas du tout)
4 cette vêprée (vx.): ce soir
5 un pli: een plooi
5 pourpré (adj.): de couleur pourpre
6 le teint: le coloris du visage, de gelaatskleur
7 las: hélas
7 en peu d’espace: en peu de temps
8 dessus la place: sur la place
9 choir (vx.): tomber
10 une marâtre: belle-mère par rapport aux enfants du premier lit ; mère dénaturée ; "een stiefmoe­der
10 "O, comme la nature est vraiment une mauvaise mère"
12 jusques au (poétique): jusqu’au
14 votre âge: votre jeunesse
14 fleuronner (vx.): pousser des fleurs, être en fleurs ;
"bloeien" (actuellement : "versieren met bloemvormige sieraden")
15 en sa première jeunesse, dans ses premiers débuts
16 cf. Horace (poète latin : 64 – 8 avant J.C.) : "Carpe diem", cueille la journée.
17 comme: net zoals bij
18 ternir: rendre terne (dof,mat) ; "dof maken, bezoedelen, doen verwelken, doen vergaan 

QUESTIONS.

1. Quel est le rôle joué par les femmes, et en particulier par la jeune Cassandre, dans l’inspiration poétique de Ronsard ?
2. Quelle est la réalisation principale de Ronsard pour la littérature française de la Renaissance ?

ANALYSE.

1. Comment la jeune fille adorée est-elle comparée à la rose ? Résumez le contenu des trois strophes.
2. Pour quelle raison l’auteur a-t-il choisi une rose comme point de comparaison ?
3. Comparez le ton des trois strophes.
4. Comment voit-on que ce poème a été écrit dans la Renaissance ?
5. Quel est le thème de ce poème ?
6. (L’épicurisme est un courant philosophique fondé par Epicure (un philosophe grec du 4e siècle avant J.C.). Selon l’épicurisme il faut vivre au jour le jour, parce que demain, on peut être mort. Il est aussi représenté par le poète romain Horace.)
Où se trouvent ici des thèmes épicuriens : jouissance, fuite du temps, crainte de la mort ?
7. Ce poème renferme un petit drame. Relevez-en les différents épisodes.


J’ai l’esprit tout ennuyé

J’ai l’esprit tout ennuyé
D’avoir trop étudié
Les Phénomènes d’Arate ;
Il est temps que je m’ébatte
Et que j’aille aux champs jouer.
Bons Dieux ! qui voudrait louer
Ceux qui, collés sus un livre,
N’ont jamais souci de vivre ?

Que nous sert l’étudier,
Sinon de nous ennuyer ?
Et soin dessus soin accroître
A nous, qui serons peut-être
Ou ce matin, ou ce soir
Victime de l’Orque noir ?
De l’Orque qui ne pardonne,
Tant il est fier, à personne.

Corydon, marche devant ;
Sache où le bon vin se vend ;
Fais rafraîchir la bouteille,
Cherche une feuilleuse treille
Et des fleurs pour me coucher.
Ne m’achète point de chair,
Car, tant soit-elle friande,
L’été je hais la viande ;

Achète des abricots,
Des pompons, des artichauts,
Des fraises et de la crème
C’est en été ce que j’aime,
Quand, sur le bord d’un ruisseau,
Je les mange au bruit de l’eau,
Etendu sur le rivage
Ou dans un antre sauvage.

Ores que je suis dispos,
Je veux rire sans repos,
De peur que la maladie
Un de ces jours ne me die,
Me happant à l’impourvu :
"Meurs, galant, c’est trop vécu !"


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