CHATEAUBRIAND (1768 — 1848)

Enfance (1768 — 1800). Le vicomte René de Chateaubriand est né à Saint Malo d’une ancienne famille noble. Son enfance inquiète et rêveuse s’écoula au manoir paternel de Combourg sur les grèves agrestes de la Bretagne. Capitaine au régiment de Navarre, il quitta le service quand éclata la révolution, et parcourut pendant une année les forêts vierges de l’Amérique du Nord. Alarmé du péril de Louis XVI, il alla rejoindre à Coblence l’armée des émigrés, fut blessé au siège de Thionville et passa en Angleterre, où il vécut 4 ans dans le dénûment le plus complet.

Carrière littéraire et politique (1800 — 1830). Un premier opuscule Sur les Révolutions (1797) avait trahi des velléités d’incroyance. La mort de sa mère et de sa sœur, victimes des mauvais traitements subis sous la Terreur, le ramena à la foi. (J’ai pleuré, et j’ai cru.) Et désormais il voua sa plume à l’apologie de la religion chrétienne. En 1800 Chateaubriand rentra en France et donna coup sur coup ses principaux ouvrages. Le Génie du Christianisme (1802) eut un grand retentissement et ne contribua pas peu au rétablissement de la religion en France. Napoléon , qui vit dans cet ouvrage le sceau du Concordat, attira l’auteur et le chargea de plusieurs fonctions diplomatiques, dont Chateaubriand se démit après le meurtre politique du duc d’Enghien (1802). Il visita l’Orient et l’Espagne (1806) et fut admis à l’Académie (1811). Pair de France et ministre sous la Restauration, il rentra dans la vie privée après la Révolution de Juillet (1830).

Retraite (1830 — 1848). Sa vieillesse fut amère. Eclipsé par le jeune bataillon romantique, il mourut à Paris dans sa 80e année pendant les sinistres émeutes de juin (1848).

Ouvrages

Fond. Le cachet de Chateaubriand est l’imagination rêveuse, exaltée et mélancolique. Il est la pierre fondamentale du romantisme français par sa subjectivité très prononcée (chacun de ses héros est lui-même) et par la glorification du JMoyen Age chrétien, national et chevaleresque. Le premier en France, il met la Bible au rang des ouvrages classiques de la littérature universelle. — L’influence de Chateaubriand est prépondérante; Lamartine tient de lui sa sentimentalité mélancolique; Hugo, Thierry et Michelet, leurs descriptions étincelantes.

Forme. Chateaubriand crée la langue romantique: sa prose est presque de la poésie par le coloris du style, l’éclat des descriptions et le rythme sonore des périodes.

L’œuvre maîtresse de Chateaubriand est Le Génie du Christianisme (1802), apologie esthétique de la religion catholique. L’ouvrage est divisé en 4 parties: 1° le dogme, partie assez faible: 2° la poétique et 3° les beaux arts et la littérature, parties très remarquables, où l’auteur exalte le Moyen Age et affirme hautement que l’art et la poésie modernes doivent rompre avec les traditions classiques; 4° le culte.

Quatre romans ou poèmes en prose se groupent à litre d’exemples autour du Génie du Christianisme.
Deux ont pour cadre les forets vierges de l’Amérique du Nord et mettent en présence l’homme de nature et l’homme civilisé. Dans Atala (1801) Chactas, chef indigène raconte au jeune Européen René ses aventures de jeunesse et son amour pour la belle Atala. Dans René (1805) le jeune Européen dit au sauvage son amour exalté pour sa sœur Amélie et son mal du siècle à la Werther. — Les Martyrs (1809) ont pour cadre les Gaules, la Grèce et Rome et montrent le paganisme aux prises avec le christianisme pendant la persécution de l’empereur Dioclétien (3e s.). — Le dernier des Abencérages (1826) raconte un épisode chevaleresque des guerres des Maures en Espagne.

Restent deux ouvrages personnels : Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811), récit aussi exact que brillant de son voyage en Orient. — Mémoires d’ Outre-Tombe (1849), autobiographie.

Schmidt

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