Sainte-Beuve

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Charles Augustin Sainte-Beuve naquit en 1804 à Boulogne-sur-mer. Il ne connut point son père et fut surtout, ainsi que beaucoup d’autres hommes marquants, le fils de sa mère. Au sortir du lycée Charlemagne, où il se distingua, il suivit pendant trois ans les cours de l’école de médecine; il fit même une année d’externat à l’hôpital Saint-Louis. Plus tard il se rappelait avec complaisance cette époque de sa jeunesse. Ces études physiologiques durent vivement frapper son esprit. Nul doute qu’elles n’aient contribué à donner une certaine direction à sa réflexion philosophique, et qu’il ne faille chercher là le germe et la conception première de la méthode qu’il a inaugurée dans la critique littéraire.

Il avait eu pour professeur de rhétorique M. Dubois. Quand celui-ci fonda le journal Le Globe en 1824, il appela Ste-Beuve à faire partie de la rédaction. Durant trois années celui-ci y écrivit de courts articles signés S. B. L’école était bonne. Ce fut là qu’il apprit à connaître le philosophe Jouffroy, MM. de Rémusat, Vitet, Ampère, Mérimée et d’autres hommes éminents qui comptaient parmi les rédacteurs du Globe.

Il fut ensuite admis dans la petite société qu’on appelait le Cénacle, et où il se rencontrait avec des poètes, des peintres, des sculpteurs, artistes d’un mérite inégal, mais tous pleins d’une égale confiance dans leur vocation et leur génie, V. Hugo, Anthony et Emile Deschamps, David d’Angers (le sculpteur), Louis Boulanger (le peintre), Alfred de Vigny et A. de Musset. Il devint alors partisan de la nouvelle doctrine littéraire et mit sa plume au service de l’école romantique. C’est à cette époque (1829-1840) qu’il écrivit trois volumes de poésies, Joseph Delorme, Les Consolations et Pensées d’août, le roman Volupté, le Tableau de la poésie française au seizième siècle, et qu’il commença son histoire de Port-Royal.

La réputation de critique a effacé pour Ste-Beuve celle de poète, pourtant il y a dans ces recueils de vers des pièces d’une franche inspiration et d’une belle facture, qui justifient les éloges dont elles furent l’objet et qui méritent d’être sauvées de l’oubli.


A partir de 1831 il écrivit pour la Revue des deux Mondes. Il y publia sous le titre de Portraits littéraires de belles et larges études. Les contemporains les plus illustres y étaient appréciés sur un ton de bienveillance respectueuse, qui n’exclut ni la dignité ni la liberté du jugement. Il ne laissa pas encore percer cette amertume et cette sécheresse de cœur qui caractérisent souvent les articles qu’il écrivit plus tard.

En 1843 il fut nommé à l’Académie française en remplacement de C. Delavigne. Cette élection n’eut pas lieu sans difficulté. V. Hugo, dit-on, vota onze fois contre lui, et ce fut V. Hugo qui prononça en le recevant le discours d’usage. « La singularité de cette situation, a écrit Ste-Beuve, attira beaucoup de monde à cette cérémonie. »

Lors de la Révolution de février, 1848, qui dérangeait ses habitudes et troublait le calme de sa vie, il quitta Paris pour aller professer à Liège un cours de littérature française. Quand il revint, une année après, il accepta la proposition qui lui fut faite d’écrire chaque semaine, pour le journal Le Constitutionnel, un article de critique littéraire dans le numéro du lundi. Ces articles, réunis sous les titres de Causeries du lundi et Nouveaux lundis forment une oeuvre considérable qui, joignant les deux séries, ne comprend pas moins de 28 volumes.

Il continua cette œuvre, quelquefois interrompue, mais toujours reprise, au Moniteur officiel de l’Empire, puis encore au Constitutionnel, puis au journal Le Temps. Il y aborde toutes les questions et discute toutes les idées. Ce n’est plus seulement de la critique littéraire, c’est de la philosophie, de l’histoire, de l’esthétique. Sa méthode consiste, comme il l’a dit lui-même, à ne pas séparer la production littéraire du reste de l’homme et de son organisation, à tenir compte de toutes les influences de race, de milieu, d’éducation qu’il a subies, des habitudes, des passions, des croyances et des opinions qu’il a eues.

Dans ses premiers écrits le style de Ste-Beuve n’a pas les qualités qu’il acquit plus tard. Dans ses Causeries du lundi il atteignit à toute la perfection dont il était capable. Son style est alors délicieux de souplesse, de naturel et de vivacité.

Quoique d’une nature un peu grossière et capable de colère et de méchanceté, Ste-Beuve était obligeant et charitable. Sous ce rapport sa correspondance avec la princesse Mathilde, la cousine de l’empereur Napoléon III, lui fait grand honneur. La majeure partie de ses lettres à la princesse est consacrée à lui signaler des infortunes, qui reçoivent aussitôt leur soulagement. C’est aussi à la vaillante amitié de cette femme distinguée qu’il dut d’être nommé sénateur en 1865.

Il mourut le 13 octobre 1869. Sa vie ne forme pas un tout très harmonieux, mais en somme elle a été bien remplie. Il a été un travailleur infatigable. « Je descends, a-t-il dit lui-même, le mardi dans un puits d’où je ne sors que le dimanche. »

Aubert 2

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