MARIVAUX, Les Fausses Confidences

Marivaux – Manipulation

ARAMINTE: Méchant valet! Ne vous présentez plus devant moi.

DUBOIS, comme étonné: Hélas! Madame, j’ai cru bien faire.

ARAMINTE: Allez, malheureux! Il fallait m’obéir; je vous avais dit de ne plus vous en mêler: vous m’avez jetée dans tous les désagréments que je voulais éviter. C’est vous qui avez répandu tous les soupçons qu’on a eus sur son compte, et ce n’est pas par attachement pour moi que vous m’avez appris qu’il m’aimait, ce n’est que par le plaisir de faire du mal. Il m’importait peu d’en être instruite: c’est un amour que je n’aurais jamais su, et je le trouve bien malheureux d’avoir eu affaire à vous, lui qui a été votre maître, qui vous affectionnait, qui vous a bien traité, qui vient, tout récemment encore, de vous prier à genoux de lui garder le secret. Vous l’assassinez, vous me trahissez moi-même. Il faut que vous soyez capable de tout. Que je ne vous voie jamais, et point de réplique.

DUBOIS s’en va en riant: Allons, voilà qui est parfait.

Marivaux (1688-1763) – Les Fausses Confidences (1737) (Acte III, scène 9)

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