MAUPASSANT, Amour

Maupassant – Amour

Le jour s’était levé, un jour clair et bleu; le soleil apparaissait au fond de la vallée et nous songions à repartir, quand deux oiseaux, le col droit et les ailes tendues, glissèrent brusquement sur nos têtes. Je tirai. Un d’eux tomba presque à mes pieds. C’était une sarcelle au ventre d’argent. Alors, dans l’espace au dessus de moi, une voix, une voix d’oiseau cria. Ce fut une plainte courte, répétée, déchirante; et la bête, la petite bête épargnée se mit à tourner dans le bleu du ciel au dessus de nous en regardant sa compagne morte que je tenais entre mes mains. (…)

«Laisse-la par terre, me dit Karl, (le mâle) approchera tout à l’heure.»

Il approchait, en effet, insouciant du danger, affolé par son amour de bête pour l’autre bête que j’avais tuée.

Karl tira; ce fut comme si l’on coupait la corde qui tenait suspendu l’oiseau. Je vis une chose noire qui tombait; j’entendis dans les roseaux le bruit d’une chute. Et Pierrot me le rapporta.

Je les mis, froids déjà, dans le même carnier…et je repartis, ce jour-là, pour Paris.

Guy de Maupassant – Amour (1887)

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