Albert CAMUS, L’Hôte

Albert Camus – Il était seul

Il gravit (la colline) à toute allure et s’arrêta, essoufflé, sur le sommet. Les champs de roche, au sud, se dessinaient nettement sur le ciel bleu, mais sur la plaine, à l’est, une buée de chaleur montait déjà. Et dans cette brume légère, Daru, le cœur serré, découvrit l’Arabe qui cheminait sur la route de la prison.

Un peu plus tard, planté devant la fenêtre de la salle de classe, l’instituteur regardait sans la voir la jeune lumière bondir des hauteurs du ciel sur toute la surface du plateau. Derrière lui, sur le tableau noir, entre les méandres des fleuves français s’étalait, tracée à la craie par une main malhabile, l’inscription qu’il venait de lire: «Tu as livré notre frère. Tu paieras.» Daru regardait le ciel, le plateau et, au-delà, les terres invisibles qui s’étendaient jusqu’à la mer. Dans ce vaste pays qu’il avait tant aimé, il était seul.

Albert Camus (07/11/1913-04/01/1960) – L’Exil et le Royaume – L’Hôte, Gallimard, 1957

Source: Wikipedia – Portail Littérature

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