Le Roman de la Rose

Dans beaucoup d’oeuvres qui ont une tendance moralisatrice, l’auteur use d’un procédé très en faveur dans toute l’Europe du moyen âge, à savoir de l’allégorie. Les clercs y joignaient le goût de l’abstraction. C’est ainsi qu’ils font des sentiments, des vertus et des vices des personnages symboliques qui se mettent en voyage, se livrent des batailles, etc. Malgré la froideur de ces pâles abstractions il faut admirer souvent une connaissance assez fine de l’âme humaine.

Le chef d’oeuvre de cette littérature allégorique est Le Roman de la Rose. On a réuni sous ce titre deux oeuvres d’esprit entièrement différent, composés à quarante ans d’intervalle. La première partie, qui compte plus de 4000 vers, est l’ouvrage de Guillaume de Lorris (écrit entre 1225 et 1230). L’auteur suppose qu’il a un songe. Un matin de mai il rencontre un jardin, dont le mur crénelé est orné de dix statues peintes: Haine, Félonie, Convoitise, Avarice, Vieillesse etc. Conduit par Dame Oiseuse (personnification de l’oisiveté) il pénètre dans un beau jardin, le royaume de l’amour, où le dieu le perce de cinq flèches et lui dicte ses commandements. Le poète, guidé par Bel-Accueil, s’approche de la Rose qui est gardée par Honte, Peur, Danger, Malebouche (médisance) et lui donne un baiser. Jalousie élève alors une forteresse, où elle enferme Bel-Accueil. Le poète se lamente et le poème est interrompu.

Guillaume de Lorris a adressé son poème à la société aristocratique de son temps, à qui il a voulu donner un art d’aimer, où soient exposées les règles de l’amour courtois basées sur l’adoration et le respect de la femme.

Les 18000 vers que Jean de Meung a ajoutés au poème de son devancier (1270) sont animés d’un tout autre esprit. L’auteur est un bourgeois positif, qui méprise les femmes, un hardi penseur, qui ne respecte ni l’Église, ni les grands, ni les rois. C’est aussi un grand savant qui répand à profusion toute la science humaine dans son oeuvre. Tout en reprenant donc la fiction de son prédécesseur et en la conduisant à une fin toujours reculée, il trouve l’occasion de nous parler longuement de la philosophie, de la théologie, de l’astronomie, de l’origine du mariage, du pouvoir royal etc. Le résultat en est une oeuvre touffue, incohérente, que la verve audacieuse du satirique ne réussit que rarement à rendre intéressante.

Par le double caractère de ces deux parties, Le Roman de la Rose a connu un immense succès, qui s’est prolongé jusqu’au seizième siècle.

Le Roman de la Rose

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