Molière – Les Femmes savantes

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Les Femmes savantes (1672) sont comme le complément des Précieuses ridicules. Après avoir critiqué le jargon des romans, Molière attaque l’affectation du savoir ou jargon scientifique. En ce siècle illustré par les savants travaux de Descartes et Pascal, beaucoup de femmes, entraînées par le mouvement général, se mêlaient de discussions métaphysiques.

Chrysale, modeste bourgeois, a épousé Philaminte, femme bel esprit; Armande, l’aînée de leurs filles, est, comme sa mère, entichée de vaine science; Henriette, la plus jeune, possède de sérieuses qualités et se tient sagement dans la vie réelle. Bélise, sœur de Chrysale, semble renchérir encore sur la manie de Philaminte et d’Armande. Grâce à toutes leurs chimères, le désordre et le trouble règnent à la maison: le bonhomme Chrysale, trop faible pour y remédier, ne peut que lancer de temps à autre quelques boutades pleines de bon sens contre les trois précieuses et leur absurde philosophie. Il lui faut, malgré tout, céder aux caprices de chacune: afin de ménager leurs oreilles délicates, il a congédié sa servante Martine, dont tout le crime est de parler bel et bien le patois de son village.

Nos savantes goûtent fort la société des gens de lettres. Trissotin, qui passe à leurs yeux pour un poète incomparable, vient leur débiter un sonnet de sa façon, comble de sottise et de mauvais goût: elles le savourent à l’envi dans les termes les plus outrés, puis dissertent elles-mêmes sur les théories scientifiques qu’elles prétendent bientôt publier. Survient un certain Vadius, grand savant, «qui sait du grec autant qu’homme de France.»

Du grec, ô ciel! du grec! Il sait du grec, ma sœur!

s’écrie Philaminte au comble de l’admiration. Le dialogue s’anime: Trissotin, après avoir décerné à Vadius les plus emphatiques louanges, lui demande son avis sur «un certain sonnet» dont celui-ci ignore l’auteur. Vadius déclare la pièce misérable en tous points. Trissotin défend ses vers, attaque à son tour les compositions de son adversaire, et pour dernier mot, lui lance cette plaisante provocation:

Eh bien! nous nous verrons seul à seul chez Barbin!

Les caractères achèvent de se dessiner jusqu’au dénouement. Trissotin, que Philaminte destine à sa fille Henriette, est convaincu du plus lâche égoïsme; Clitandre, l’époux choisi par Chrysale, esprit juste, âme généreuse, l’emporte sur le faux savant.

Cette pièce est rangée, après le Misanthrope et le Tartuffe, parmi les chefs-d’œuvre de Molière: elle est d’un excellent comique, les caractères y sont variés, la versification parfaite.

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