Molière – Le Misanthrope

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Le Misanthrope (1666) – La scène se passe à Paris, dans le salon de Célimène. Aucune sorte d’intrigue; à peine quelques faits: l’action n’est que le développement d’un caractère auquel tous les incidents, toutes les situations se rapportent.

Alceste n’a d’autre défaut que l’exagération de ses qualités; trop honnête homme, il traite avec une sévérité impitoyable les faussetés et les bassesses de convention, inhérentes aux usages du monde. Incapable de transiger avec sa manière de voir, il se jette dans des situations finement comiques. La douceur accommodante de Philinte, son ami, fait ressortir dès le début l’esprit ombrageux du Misanthrope.

Philinte
Qu’est-ce donc? Qu’avez-vous?
Alceste, assis.
Laissez-moi, je vous prie.
Philinte
Mais encor, dites-moi, quelle bizarrerie …
Alceste
Laissez-moi là, vous dis-je, et courez vous cacher.
Philinte
Mais on entend les gens au moins sans se fâcher.
Alceste
Moi, je me veux fâcher et ne veux point entendre. (I,I)

Alceste a un procès; on l’engage à se pourvoir, à visiter ses juges; il n’en fera rien, et, fort de son honneur:

… Je verrai (dit-il), dans cette plaiderie,
Si les hommes auront assez d’effronterie,
Seront assez méchants, scélérats et pervers,
Pour me faire injustice aux yeux de l’univers. (I,I)

Oronte, homme de qualité, vient le consulter sur un sonnet de sa composition, pièce d’un assez mauvais goût. Alceste ne se contente pas de lui exprimer sans ménagement le mépris qu’il en fait; il le critique malignement, oppose au sonnet une chanson du vieux temps qu’il répète avec complaisance, et s’attire enfin avec Oronte une fâcheuse affaire. – Le salon de Célimène, femme d’esprit, vaine et coquette, se remplit de visiteurs élégants; on cause: la médisance va son train, déguisée comme toujours sous de spécieuses formes de politesse. Alceste éclate:

Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour;
Vous n’en épargnez point, et chacun à son tour. (II, V)

Après avoir essuyé les mésaventures et les déceptions les plus sensibles, le Misanthrope conclut par un trait digne de lui:

Trahi de toutes parts, accablé d’injustices,
Je vais sortir d’un gouffre où triomphent les vices,
Et chercher sur la terre un endroit écarté,
Où d’être homme d’honneur on ait la liberté (V,VIII)

Le développement des caractères, de profondes analyses du cœur humain, le fini du style, le naturel du dialogue, font du Misanthrope le chef-d’œuvre de Molière et la perfection du haut comique. J.-J. Rousseau et quelques critiques ont reproché à l’auteur d’avoir ridiculisé la vertu dans la personne d’Alceste: non, Alceste demeure estimable malgré ses travers.


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