Charles d’Orléans (1394-1465)

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Charles d’Orléans – Né: Paris, 24 juillet 1394 – Mort: Amboise, 4 janvier 1465 (Dictionnaire Bordas de Littérature française, 1994).

Charles d’Orléans, fils de Louis d’Orléans et de Valentine de Milan, reçut, au milieu d’une époque malheureuse et troublée, une éducation toute poétique. L’influence d’une mère non moins distinguée par son esprit que par ses vertus lui fut particulièrement précieuse et communiqua à son génie quelque chose de la facilité et de grâce italiennes. Une suite de désastres marquèrent sa jeunesse: après l’assassinat de son père par le duc de Bourgogne (1407), il vit succomber sa pieuse mère, qui, durant les quelques mois de son veuvage, n’avait su que répéter: Plus ne m’est rien, rien ne m’est plus! Vint ensuite la défaite d’Azincourt, dans laquelle le jeune prince fut fait prisonnier. Sa captivité dura vingt-cinq ans; elle nous a valu la plupart de ses poésies.

Délivré en 1440, il se retira dans son château de Blois, où il charma les dernières années de sa vie par les plaisirs de l’esprit et la culture des lettres. Il mourut en 1465, emportant au tombeau l’estime et l’affection de ses sujets. Son fils unique fut le roi Louis XII, le Père du peuple.

Les poésies de Charles d’Orléans, ballades, complaintes, chansons et rondeaux, longtemps inconnues à la France, ont été retrouvées en 1734 par l’abbé Sallier, membre de l’Académie des Inscriptions. Boileau ne les connaissait donc pas lorsqu’il décernait à Villon l’honneur

D’avoir su le premier, dans ces siècles grossiers,
Débrouiller l’art confus de nos vieux romanciers.

Les critiques modernes, à même d’en juger plus sûrement, admirent chez le noble poète «un cachet original, une imagination correcte et naïve, un style élégant, et de ces expressions qui n’ont point de date et qui, étant toujours vraies, demeurent dans la langue d’un peuple» (Villemain). «Néanmoins, dit M. Nisard, quand même Boileau eût connu ce recueil, aurait-il jamais donné la gloire d’avoir débrouillé nos vieux romanciers à un poète qui les continue fidèlement et qui ne hasarde, hors du cercle de leurs inventions, que quelques pièces imitées de la poésie italienne ?» Charles d’Orléans manqua de ce génie créateur qui se dégage de l’imitation servile et se fraye de nouvelles voies; il s’inspire évidemment beaucoup plus de l’imagination que du fonds intime où le vrai poète sait puiser. Sous les élégantes mais froides allégories, thème ordinaire de ses vers, on cherche vainement le prince français qui revendique de justes droits, flétrit les meurtriers de sa famille ou tressaille d’espérance aux succès de la Pucelle, dont il fut contemporain. Cependant on relira toujours avec plaisir les quelques morceaux dans lesquels, se montrant plus naturel, il a trouvé le langage du cœur:

Les fourriers d’été sont venus …

ou encore sa complainte sur les malheurs de la France:

France, jadis on te souloit nommer
En tous pays le trésor de noblesse …

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