Ballade

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Ancien petit poème français composé de couplets faits sur les mêmes rimes et se terminant tous par le même vers. Elle est régulièrement formée de trois dizains ou de trois huitains, que couronne, sous le nom d’Envoi, une demi-strophe de 4 vers. Celle-ci est comme la seconde moitié d’un quatrième dizain ou huitain, qui serait écrit sur des rimes pareilles à celles des trois premiers. La ballade double ou ballade redoublée n’est autre chose qu’une ballade, qui renferme six dizains ou six huitains sur des rimes pareilles au lieu de trois dizains ou de trois huitains seulement, et qui, communément, ne se termine point par un envoi.

La ballade, inventée au XIIe siècle chez les troubadours provençaux et connue en Italie sous le nom de canzone da ballo, était d’abord destinée, comme le mot l’indique, à être ballée, c’est-à-dire chantée et dansée. Portant alors les mêmes traits caractéristiques, la ballata des Italiens, la balata des Castillans et la balada des Provençaux dénotaient une commune origine.

La forme de la ballade française ne fut fixée qu’entre les XIVe et XVe siècles. Guillaume de Machault et Eustache Deschamps la cultivèrent avec une particulière ferveur. Après eux, Villon, le maître du genre, Charles d’Orléans, Clément Marot, La Fontaine en fournirent d’excellents modèles.

De nos jours, cette appellation s’est appliquée d’une manière vague à des romances, des chansons, des élégies, des légendes rimées, rappelant par le choix du sujet et la forme populaire du langage cette poésie primitive, originale et spontanée, qui a produit des ballades anglaises et allemandes.

En Angleterre et en Écosse on peut faire remonter la ballade jusqu’au temps des bardes, dont les chants, transmis de bouche en bouche, étaient un écho des événements héroïques, des traditions, des croyances. Au moyen âge, l’inspiration monastique lui prêta souvent un caractère religieux. Après la conquête normande, elle fut un moyen de protestation contre le joug des vainqueurs, et la vie aventureuse du célèbre outlaw Robin Hood fit naître une foule de ballades qui rendirent ce nom légendaire.

Du XIIe au XVe siècle, les ménestrels ont remplacé les bardes. Puis viennent les longues luttes des frontières entre l’Angleterre et l’Écosse et les guerres non moins prolongées contre la France, où les poètes trouvaient des sujets continuels d’inspiration.

On avait oublié ces restes de la littérature nationale, lorsque s’éveilla, dans l’Europe entière, le goût des œuvres simples et primitives. L’attention des savants et celle du public se portèrent sur ces trésors enfouis ; et ce fut, pour l’Angleterre, comme une révélation de ses vieux chants nationaux. Les plus grands écrivains du pays de Shakespeare, tels que Burns, Walter Scott, Southey, Campbell, Wordsworth, Moore, Rogers, Tennyson, y renouvelèrent leur génie.

En Allemagne aussi bien qu’en Angleterre, la ballade a servi de cadre indéterminé pour l’imagination rêveuse, éprise d’irréel et de fantastique, sombre et tourmentée, qui distingue les peuples du Nord. On y voit passer tout le cortège des ombres de la littérature allemande. L’époque de son plus grand éclat est le XVIIIe siècle, où elle devint un genre spécial, et néanmoins très simple, très élastique. On en fit un petit poème lyrique, sous forme de récit, mêlant toutes les impressions, l’étrange et le naïf, le merveilleux et le tragique. Bürger, le créateur de la fameuse Ballade de Lénore, en avait donné les premiers modèles par des imitations heureuses des ballades anglaises ou écossaises du XIVe siècle. Les plus grands poètes de la nation s’en emparèrent ensuite. Schiller, Gœthe, Uhland, Lenau, l’embellirent tour à tour des mille contrastes et de toute la diversité de leurs talents.

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