Caractère de la littérature au dix-huitième siècle

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Les écrivains français du XVIIe siècle, avant tout et presque uniquement « artistes », restent en dehors de ce qui ne concerne pas leur art. Ils ne s’occupent point des questions politiques et sociales; et, si quelques-uns d’entre eux sont des savants, les sciences qui les intéressent, la géométrie par exemple et l’algèbre, n’ont rien que d’abstrait. Dira-t-on qu’ils se proposent d’instruire et de corriger leurs contemporains ? Peut-être. Mais leurs observations ne portent que sur l’homme considéré soit en lui-même, soit, le plus souvent, dans ses rapports mondains avec les autres hommes.

Au XVIIIe siècle, les écrivains, beaucoup moins artistes que philosophes, font rarement de l’art même leur principal objet. Tandis que les chefs-d’œuvre du siècle précédent étaient des tragédies, des comédies, des fables, les chefs-d’œuvre du XVIIIe siècle s’intitulent l’Esprit des lois, l’Essai sur les mœurs, le Contrat social, l’Émile. On écrit pour agir, comme dit Voltaire. Voltaire n’ « agit » pas seulement quand il compose son Dictionnaire philosophique ou ses plaidoyers en faveur de Calas, il agit encore en écrivant la Henriade afin de glorifier dans Henri IV l’auteur de l’édit de Nantes. Ce qui intéresse les écrivains du XVIIIe siècle, c’est l’homme considéré comme membre de la société politique. La littérature est pour eux un moyen, non une fin. Leur littérature est une littérature « appliquée ». Appliquée à la science elle-même, non pas tant à la science spéculative qu’à la science positive, à l’observation de la nature, des choses réelles ; appliquée surtout à la politique, à la législation, à l’économie sociale. Ils ne sont pas des psychologues, ou, tout au plus, des moralistes, comme les écrivains du XVIIe siècle. Ils sont des philosophes, et leur « philosophie » consiste à répandre autour d’eux les idées de justice, de bienfaisance, de progrès matériel et moral.

Le siècle des Lumières