Esprit général du dix-huitième siècle

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Le XVIIe siècle est une époque de confiance et de quiétude. Aucun trouble, aucun malaise, point de désaccord entre la raison et la foi. On se repose avec assurance sur des dogmes consacrés ; et, si l’on ne reste pas inactif, on emploie son activité à démontrer, à glorifier l’ordre établi. Le XVIIe siècle forme une « solution de continuité » entre le XVIe et le XVIIIe. Au XVIIIe siècle, l’esprit français reprend sa marche interrompue. Il va poursuivre l’enquête presque abandonnée depuis cent ans, examiner les principes de la religion, de la morale, de la politique, contester et débattre soit tout ce que l’âge précédent s’imaginait avoir fixé, soit tout ce qu’il n’avait pas osé mettre en doute. Au dogmatisme universel se substitue un universel scepticisme ; à la démonstration, la discussion ; à la synthèse, l’analyse. On détruit beaucoup : en détruisant les erreurs, les préjugés, les abus, on édifie la vérité et la justice.

Les « philosophes » dans le « monde »
Au XVIIe siècle, les écrivains vivaient presque tous dans la retraite. Au XVIIIe, ils vivent dans le monde, formés en groupes qui se rattachent les uns aux autres pour l’action commune.

Les salons
Il y a des cafés littéraires. Il y a surtout des salons, et qui ne ressemblent guère aux ruelles d’autrefois. Chez Mme de Lambert, durant la première moitié du siècle, on ne se contente ni de remettre en honneur la préciosité ni de soutenir Fontenelle et La Motte contre les anciens, on cause aussi de morale et de politique, et chez Mme de Tencin, ce sont «conversations de philosophes». Puis, durant la seconde moitié, les salons «philosophiques» succèdent aux salons littéraires. Il ne s’agit pas seulement des réunions qui avaient lieu dans la maison du baron d’Holbach et dans celle d’Helvétius, où l’on était entre soi, où l’on n’avait pas à se surveiller. Chez Mme d’Épinay, on parle librement de tout, et Diderot lui-même peut s’y donner carrière. Mme Geoffrin est la « mère » des philosophes, qu’elle rappelle parfois à l’ordre et morigène d’un geste. Mme du Deffand fait, avec eux, assaut d’esprit et de malice piquante. Mlle de Lespinasse, enfin, met au service des encyclopédistes l’ardeur de son âme passionnée.

Dans ces salons règnent les écrivains. Ils ne sont plus, comme jadis, les « domestiques » des grands ; l’esprit rend les conditions égales. Ils créent une opinion ; ils associent le public à leur œuvre de propagande.

Le siècle des Lumières