La flûte enchantée – 3

Enfin, le matin du huitième jour, le prince Tamino aperçut au loin dans la plaine un temple magnifique élevé sur des colonnes de marbre blanc. Les murs en étaient d’une blancheur de neige, et les trois portes qui en fermaient l’entrée étaient en or fin, et brillaient aux rayons du soleil.

« Nous sommes au but! » dit le premier garçon au prince. « C’est ici, dans ce temple, que tu trouveras Pamina. Nous nous séparons maintenant et te souhaitons fortune et bonheur ! »

« Attendez encore un moment, » dit le prince, « dites-moi ce que je dois faire pour délivrer Pamina. — Il ne nous appartient pas de te l’apprendre ! Sois ferme et muet! » répondirent les garçons tous ensemble.

Quand ils furent parlis, Tamino marcha, sans hésiter, vers la porte fermée du milieu et frappa. Une voix de tonnerre cria de l’intérieur : — « Arrière ! » Il frappa à la porte de gauche, et le même : « Arrière ! » lui répondit. Comme il frappa courageusement à celle de droite, elle s’ouvrit toute grande et un homme de haute taille en robe de prêtre avec une ceinture d’or, un chapeau haut, pointu, sur la tête, s’approcha solennellement de lui et lui demanda ce qu’il cherchait là.

« Est-ce ici la maison de Sarastro ? » demanda le prince au lieu de répondre. « C’est le temple de la vérité, » répondit le prêtre. « Alors ce n’est pas la maison de Sarastro? » dit le prince ; « ce scélerat, ce ravisseur n’a rien à voir avec la vérité. Je le hais et veux lui arracher sa proie comme il a arraché la pauvre Pamina des bras de sa mère. N’est-ce pas vrai ?

— C’est vrai, » dit le prêtre. « Et cependant Sarastro règne dans le temple de la science et de la vérité. Attends ici, étranger, je vais lui demander s’il veut te parler. Il n’est arrivé aucun mal à Pamina. »

Là-dessus il se retira et referma la porte sur lui.

Tamino se tourna pour causer avec Papagéno, mais il n’y avait rien à voir ni à entendre de celui-là. Quand le formidable « Arrière ! » retentit, le charmeur eut tellement peur qu’il s’enfuit à toutes jambes jusqu’à ce qu’il aperçut un superbe jardin devant lui, et, dans ce jardin, une belle jeune fille.

Celle-ci était richement habillée et, du premier coup d’œil, il reconnut Pamina, dont le prince lui avait montré le portrait. Ah ! s’il n’avait pas eu un cadenas devant la bouche ! Mais le gai oiseleur possédait le moyen de se tirer d’affaire. Il s’approcha de la princesse et fit sonner tout doucement les clochettes de son carillon devant elle, tandis qu’il lui faisait signe de le suivre. A la bonne heure ! La fille de la Reine de la Nuit reconnut aussitôt le carillon de sa mère et suivit l’étranger sans crainte, le prenant pour un de ses messagers. En sonnant toujours, Papagéno cherchait à rejoindre le prince.

Mais Tamino, entendant de loin le son des clochettes, revint sur ses pas pour se rencontrer avec Papagéno et aperçut auprès de lui, à sa grande joie, Pamina, qu’il reconnut immédiatement aussi. S’approchant de la princesse, il lui raconta comment sa mère l’avait prié de la délivrer et de la ramener, et lui dit qu’il fallait fuir avec lui en toute hâte. Personne n’était en vue à l’horizon, et tous trois pleins de confiance se mirent à fuir.

Le prince pria Pamina d’aller en avant parce qu’elle connaissait mieux le chemin pour sortir de ces jardins, et la suivit avec Papagéno à quelque distance. Mais ils n’avaient pas fait les premiers pas que toute une troupe de bêtes féroces remplit la route et les sépara en un instant de Pamina.

Les lions secouaient leur crinière avec fureur, les tigres et les hyènes lui montraient leurs dents acérées, les serpents s’enroulaient tout près, les girafes aux longs pieds, les loups et les ours venaient de tous les côtés.

Papagéno, mort de peur, tremblait de tous ses membres au point que ses plumes s’agitaient et se balançaient sur lui. Mais le prince avait approché de sa bouche sa flûte enchantée : elle lui avait été donnée comme secours par la mère de Pamina ! A peine eut-il émis quelques sons que les élans furieux de ces spectres se calmèrent. Ils s’approchèrent comme des moutons de Tamino, qu’ils voulaient dévorer un instant auparavant, et les trois fugitifs purent ainsi continuer leur route.

Tout à coup vibra tout près d’eux un éclat menaçant de trompette, et, à leur grande consternation, un cortège majestueux vint à leur rencontre.

d’après : La Flûte Enchantée et Bouton d’Or, Paris, Jouvet et Cie, 1880

Contes, fables et légendes

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