Joinville

Joinville

Sa vie. — Joinville, originaire de la Champagne, naquit en 1224 dans le petit castel dont il porte le nom, tout près de Châlons-sur-Marne. D’une bonne noblesse moyenne, il fut élevé à la cour de Thibaut IV et partagea sans doute les goûts du royal trouvère. Tout jeune encore, il se croisa et prit part à l’expédition française en Égypte. Des qualités personnelles aimables et séduisantes, sa valeur, son dévouement, la grâce et la souplesse de son esprit, lui valurent l’affection du roi, dont il resta, au retour de la croisade, l’ami et le confident. Il n’accompagna pourtant pas saint Louis devant Tunis : un songe, nous dit-il lui-même, l’avait averti que l’entreprise serait malheureuse, et d’ailleurs il voulait épargner de nouvelles misères à ses vassaux, fort éprouvés jadis en son absence. Après la mort du roi, il ne joua plus qu’un rôle assez médiocre, pendant le demi-siècle qui lui restait encore à vivre. Il mourut en 1319, âgé de quatre-vingt-quinze ans.

Sujet de ses « Mémoires ». — C’est dans les premières années du XIVe siècle que Joinville écrivit ses Mémoires, à l’instigation de Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel. Ils se divisent en deux parties. La première rapporte les conversations familières de saint Louis, nous renseigne sur tout le détail de sa vie intime, retrace ses vertus domestiques, explique « comment il gouverna tout son temps selon Dieu et selon l’Église, et au profit de son règne ». La seconde, plus étendue de beaucoup, parle de ses « grandes chevaleries », de ses « grands faits d’armes », et tout particulièrement de la croisade où Joinville l’avait suivi.

Caractère et talent de Joinville. — Joinville, conteur agréable, familier, prolixe, se laisse aller au courant de ses souvenirs. Ce n’est plus, comme Villehardouin, un homme de guerre et un politique, racontant avec une mâle concision des événements qu’il a dirigés. Tandis que, par la dignité du ton comme par le ferme dessin du récit, Villehardouin réalise ce que le titre d’historien comporte de plus grave et de plus élevé, Joinville est proprement un auteur de Mémoires. La sévère brièveté de l’un fait un contraste frappant avec Ia bonhomie, la gentillesse, la gracieuse licence de l’autre. Joinville se plaît dans les détours nonchalants et dans les complaisants retours; il abonde en curieux détails, en anecdotes qui viennent diversifier et égayer sa narration. Il donne à ses tableaux une souplesse et une finesse que nous ne trouvons point chez Villehardouin. Ce qui nous plaît chez lui, c’est l’absence de toute contrainte, un naturel piquant dans sa candeur même, une imagination d’enfant étonné « pour laquelle on dirait que les objets sont nés dans le monde le jour où il les a vus » ; c’est, en même temps, la complaisance d’un vieillard qui s’amuse à conter, et dont les récits rachètent par leur aménité souriante ce que leur grâce peut avoir de traînant et de verbeux.

Joinville et saint Louis. — Les Mémoires de Joinville doivent leur intérêt, non pas seulement aux faits eux-mêmes, mais encore à l’image de saint Louis, partout présente et retracée avec amour. Il nous fait pénétrer familièrement et sans aucun apparat dans l’intimité de cette âme rare, toute respectable et charmante, qui unit la sagesse politique et l’héroïsme guerrier d’un roi aux plus douces et aux plus délicates vertus d’un saint. Et, en racontant son maître, il se raconte lui-même, se révèle à nu avec son ingénuité malicieuse, avec la tendresse de ses affections, l’enjouement de son humeur, avec je ne sais quel aimable égoïsme, si naïvement exprimé que le bon seigneur nous en fait complices.

Joinville

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