Froissart

Froissart

Froissart. — Villehardouin n’avait raconté qu’un épisode, une sorte d’anecdote historique, et Joinville n’avait été que le biographe de saint Louis. Froissart embrasse dans ses Chroniques l’histoire générale des principaux pays d’Europe depuis l’an 1325 jusqu’à la fin du siècle.

Sa vie. — Jean Froissart naquit à Valenciennes, en 1337. En 1360, il partit pour l’Angleterre et présenta à la reine, Philippe de Hainaut, un livre où il relatait les événements des quatre dernières années. Philippe se l’attacha. Il était poète : son service auprès d’elle consistait à « la servir de beaux traittés et dittiés amoureux » ; nous avons de Froissart maintes pièces gracieuses, délicates, spirituelles, que l’on connaîtrait davantage si le chroniqueur ne faisait pas oublier le trouvère. Après un voyage en Écosse, il demeura successivement en France auprès du prince de Galles, et en Italie auprès du duc de Clarence. Ayant appris à Rome, l’an 1369, que sa bienfaitrice venait de mourir, il retourna en Flandre, se mit au service du duc de Brabant et reçut la cure de Lestines-au-Mont. Le duc de Brabant une fois mort, il fut protégé par le comte de Blois, qui, seigneur de Chimay, le pourvut d’un canonicat dans cette ville. Il fit avec lui, en qualité de chapelain, quelques voyages ou expéditions. Il parcourut la Touraine, le Blaisois, le Berry, le Béarn, séjourna à Paris plusieurs fois, visita la Hollande, retourna en Angleterre, puis, après la mort du comte, se retira, croit-on, à Chimay. Il mourut vers 1410.

L’historien de la chevalerie européenne. — Originaire d’une province qui n avait aucune nationalité bien définie, passant du service d’un prince à celui d’un autre, Froissart n’est pas un historien français dans le sens politique du mot. Son long séjour en Angleterre, chez une reine qui le combla de faveurs, exerça même quelque influence sur ses sympathies. Mais, si l’on peut retrouver chez lui la trace de cette influence, qui s’affaiblit d’ailleurs avec le temps, sa sincérité ne fait pas doute. Historien de la chevalerie européenne, il se délecte à en retracer, sans acception de parti, les beaux faits d’armes et les merveilleuses prouesses.

Curiosité de Froissart. — Ses pérégrinations continuelles ne plaisaient pas seulement à son humeur mobile, à son imagination aventureuse, à son goût pour les spectacles; elles lui permettaient aussi de recueillir tous les renseignements dont il avait besoin pour ses Chroniques. La vocation de Froissart fut très précoce. « Je commençai jeune, dit-il lui-même, dès l’âge de vingt ans. Je suis venu au monde avec les faits et les événements, et y ai pris toujours grande plaisance plus qu’à autre chose. » Dans chaque pays qu’il traversa, il s’informait auprès des anciens chevaliers et écuyers « qui avaient été en faits d’armes et qui en savaient parler proprement ». Qu’on se le figure sur sa haquenée grise, tenant en laisse un lévrier blanc et chevauchant d’une ville à l’autre sans se presser, profitant de toutes les occasions, s’amusant à tous les entretiens d’où il peut tirer quelque renseignement, poursuivant ses enquêtes jusque sur les grands chemins et dans les hôtelleries. Il est « le chevalier errant de l’histoire ».

Sa critique. — Froissart ne manque peut-être pas de critique autant qu’on le dit. Sans doute ses Chroniques offrent maint trait d’une crédulité qui fait sourire, et, s’il n’épargne point sa peine pour recueillir de tout côté les documents et les informations, cette façon même de s’enquérir auprès des seigneurs ou des hérauts, et d’enregistrer tels quels les récits qu’il recueille de leur bouche, ne saurait nous inspirer une grande confiance. Sa crédulité ne l’empêche pourtant pas de chercher à se rendre compte, à expliquer les faits, à connaître les moyens. De plus, il a, avec la passion de l’histoire, la conscience des devoirs qu’elle impose et la légitime fierté de les bien remplir.

L’histoire pittoresque. — Reconnaissons, après cela, que ce qui domine chez Froissart, c’est le plaisir des yeux, le goût de la mise en scène, des aventures guerrières, des plaisants ébats. Il se peint lui-même avide, en sa jeunesse, « de voir, sur toutes choses, danses, rondes et tournois », persuadé « que toute joie et tout honneur viennent d’armes et d’amour ». Tel il était dès l’enfance, tel il resta. Froissart conçoit l’histoire comme un spectacle. Et, s’il aime la vérité, ce n’est point en philosophe ou en politique, mais en curieux.

Froissart écrivain. — Sa qualité maîtresse consiste dans l’imagination. Nous relevons chez lui bien des inexactitudes matérielles. Mais, parmi les fêtes, les pompes, les guerres contemporaines, son histoire fait revivre cette bruyante et brillante société aristocratique du XIVe siècle avec tout l’éclat et tout le mouvement de son action. Froissart excelle à décrire les grandes scènes chevaleresques et féodales. Nul historien ne le surpasse pour le sens des choses extérieures. Ses récits de batailles, larges et puissants, ont, dans leur expressive réalité, quelque chose d’épique. Il est sans conteste le plus grand peintre du moyen âge.

Froissart

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