Villon

François Villon

Sa vie. — François Villon naquit à Paris vers 1430. Ses parents étaient de pauvres gens illettrés. Le surnom de Villon, sous lequel il devait se faire connaître, lui vint d’un ecclésiastique, Guillaume de Villon, qui le protégea. Il fut reçu bachelier en 1449, puis, en 1552, licencié et maître ès arts. Mais, lié avec les plus mauvais sujets qu’il rencontra sur les bancs des écoles ou ailleurs, il devint bientôt le chef d’une troupe de garnements qui exerçaient aux dépens des marchands et des bourgeois une peu louable industrie. L’an 1455, maître François, ayant tué un prêtre dans une rixe, est condamné à mort, et, en appel, à l’exil. Peu de temps après, il obtient sa grâce et revient. Presque aussitôt, une aventure d’amour, et, probablement, un vol commis au collège de Navarre, l’obligèrent de repartir. C’est alors qu’il fit le Petit Testament. Il va d’abord à Angers, puis mène une vie errante. En 1461, nous le trouvons dans la prison de Meung-sur-Loire ; il y reste tout un été, et n’est élargi que grâce au passage de Louis XI, en vertu du droit de joyeux avènement. Vers la fin de cette même année, il compose son Grand Testament. Dès lors, nous n’avons plus sur son existence que très peu d ‘indications, et très suspectes. Il mourut sans doute avant 1470, peut-être avant 1465.

Les deux « Testaments ». — Les deux œuvres importantes de Villon sont le Petit Testament et le Grand Testament. Nous savons qu’il ne fut pas le créateur du genre; mais il se l’appropria. Il y fit entrer les inspirations les plus diverses, mêlant la tendresse à la raillerie, les graves pensées aux propos bouffons ou même à des grossièretés rebutantes.

Le Petit Testament contient une quarantaine de huitains. En distribuant des legs, la plupart imaginaires, Villon lance à ses ennemis, parfois à ses amis, de plaisantes épigrammes, que varient, çà et là, un retour sur lui-même, une note de mélancolie, une pointe d’émotion. Le Grand Testament, beaucoup plus étendu, fait aux legs beaucoup moins de place. Voilà la jeunesse du poète qui est passée, et Dieu sait en quelles folles plaisances! Usé, flétri, dégradé, la honte de son abjection lui monte au cœur. Il retrouve en soi ce fonds de sentiments généreux et délicats qui persiste encore à travers les ignominies de son existence. La lassitude, le repentir, le dégoût, lui inspirent une poésie profondément humaine, et, parfois, d’un pathétique poignant.

Le talent de Villon. — Chez ce malandrin, dont la vie n’est qu’une suite de méfaits pendables, qui « tient son état » dans un bouge infect, qui tire matière à sa verve de ses propres turpitudes, il y a une âme naïve et douce, une imagination fraîche, un cœur capable de pures affections. Villon parle de sa mère avec piété, il parle avec gratitude de ceux qui l’ont secouru; il regrette ses désordres, ses vilenies, et, repassant sa jeunesse de «mauvais garçon», c’est « à peu » que « le cœur ne lui fend ». Le chantre de la belle heaulmière et de la gente saucissière, le compère ignoble de la grosse Margot, a connu l’amour candide et chaste. Le vagabond sans feu ni lieu a aimé sa patrie; il s’est souvenu de Jeanne, la bonne Lorraine; il a maudit « qui mal voudrait au royaume de France ». Enfin, l’impudent railleur, qui faisait la nique au gibet, a trouvé dans l’idée de la mort des inspirations d ‘une gravité pénétrante.

Ce qui fait l’originalité de Villon, c’est qu’il fut un poète personnel. La poésie n’est pas pour lui, comme pour Charles d’Orléans, le divertissement d’un bel esprit. Il exprime sa propre émotion avec une sincérité que nous préférons aux plus subtils artifices. Nulle trace de ces froides allégories où se complaisaient les contemporains. Il nargue le jargon scolastique, le pédantisme officiel, les conventions à la mode, tout l’attirail factice et compassé de la rhétorique en vogue. Il ne chante que ce qu’il sent, il le chante comme il le sent. Sa franchise d’expression, son accent vif et net, la précision et la pureté de sa forme, en font le plus classique de nos poètes antérieurement à l’époque classique; et, d’autre part, son
lyrisme le rend plus proche de nous que les classiques eux-mêmes.

Villon

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