La maison de Claudine


— « Minet chéri, tu dors, il faut aller te coucher.

— Encore un peu maman, encore un peu ! je n’ai pas sommeil… Je reste dans le noir, contre les genoux de maman. La robe de toile que je presse de ma joue sent le gros savon, la cire dont on lustre les fers à repasser, et la violette. Si je m’écarte un peu de cette fraîche robe de jardinière, ma tête plonge tout de suite dans une zone de parfums qui nous baigne comme une onde sans plis : le tabac blanc ouvre à la nuit ses tubes étroits de parfum et ses corolles en étoile. Un rayon, en touchant le noyer l’éveille : il clapote, remué jusqu’aux basses branches par une mince rame de lune. Le vent superpose, à l’odeur du tabac blanc, l’odeur amère et froide des petites noix véreuses qui choient sur le gazon. »

Colette, La maison de Claudine

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Colette

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