Bruges amoureuse

Bruges amoureuse

C’était un dimanche, vers les midi, à la sortie de la messe de Saint-Sauveur, que, pour la première fois, Joos Van Hulle avait aperçu Berthilde Smaal. Elle était blonde comme l’or de la châsse de Sainte-Ursule, très pâle, avec de grands yeux doux baissés toujours, des lèvres où s’éveillait un éternel et mystérieux sourire, et il en était tombé amoureux tout de suite.

Drame délicieux !… Lui qui jamais n’avait connu l’ennui, la peine de l’attente, les craintes, la défiance de soi, n’eut plus de repos. La tête pleine de chimères, il se surprit à vaguer par la ville, indifférent aux toiles commencées, fuyant son atelier. Il errait des après-dinées entières dans les environs du Dyver, non loin de la maison de la jeune fille, une vieille maison silencieuse, qui avait l’air de se pencher sur l’eau. Joos s’attardait à contempler les cygnes, dont les troupes lentes flottaient sans même rider le canal. Il s’asseyait sous les arbres, regardait passer les vieilles femmes en mante, aux lèvres agitées d’une incessante prière, et dont les doigts noués roulent des grains de rosaire. Il écoutait les cloches, il rêvait; il était devenu un autre homme.

Léon Tricot

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