La tragédie classique et la tragédie grecque

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La tragédie classique et la tragédie grecque

Pierre Corneille (1606-1684) est le créateur de la tragédie classique. Avec Jean Racine (1639-1699), son émule, il en fixa la forme.

En ce temps, Aristote faisait loi, mais on interprétait fort mal plusieurs de ses préceptes. Corneille, qui d’ailleurs combattit le mauvais goût de son siècle, se résigna à subir les idées qu’on attribuait au philosophe grec sur la tragédie. Il s’ensuivit que le théâtre français, tout en prétendant se modeler sur le drame antique, s’en écartait sur plus d’un point.

Ressemblances entre la tragédie classique et la tragédie grecque.
1° La plupart des sujets traités par Corneille et Racine sont tirés de l’histoire grecque ou de l’histoire romaine. (Font exception Le Cid de Corneille et Bajazet de Racine.) La scène athénienne et la scène classique reproduisent donc le même genre de faits et le même milieu.

2° La tragédie classique est partagée en cinq actes qui correspondent au προλογος, aux trois έπεισὀδία et à l’ἔξοδος des Grecs.
Les actes se subdivisent en scènes. On appelle scène toute partie de la tragédie pendant laquelle les mêmes acteurs restent sur le théâtre; dès qu’un de ceux-ci sort ou qu’un autre entre, la scène change.

3° Les unités de lieu et de temps sont observées.

4° Corneille et Racine conçoivent en partie la tragédie comme Sophocle.
Ils lui assignent pour objet la peinture des caractères dans l’action et par l’action, celle-ci naissant d’un conflit d’intérêts qui met en opposition plusieurs personnes d’aspirations, de tendances et d’idées plus ou moins contraires.

5° Enfin, ils estiment en théorie que l’action doit être émouvante, propre à exciter des sentiments de terreur et de pitié.

Différences. Elles sont radicales.
Le chœur, ce centre de la tragédie grecque, est supprimé.
Le lyrisme n’apparaît plus que dans les stances, dans lesquelles certains personnages expriment parfois leur émotion.

2° Les dénoûments heureux sont beaucoup plus fréquents.

3° Les mœurs et le langage des héros mis en scène sont les mœurs et le langage non pas de l’antiquité, mais de l’époque de Louis XIV.

4° Surtout le caractère sacré, hiératique, mystérieux a totalement disparu. La Μοἵρα ne fait plus sentir sa main redoutable. Comment d’ailleurs en serait-il autrement? Plus personne ne croit à cette divinité. Par le fait même l’impression causée par le spectacle n’est plus cette terreur religieuse qu’inspiraient les drames d’Eschyle et de Sophocle, mais plutôt l’admiration, l’attendrissement ou d’autres émotions analogues.

Le théâtre au 17e siècle

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