La Fronde

LA FRONDE (1649-1652)

L’humeur moqueuse du peuple français appela la Fronde une guerre civile qui eut lieu sous la minorité de Louis XIV pendant que la France était gouvernée par le cardinal italien Mazarin.

Ce ministre avait frappé la noblesse dans sa puissance par la création des intendants. La bourgeoisie était écrasée par le poids des impôts, et le Parlement ambitionnait de jouer un rôle politique. Voilà les causes de la Fronde, qui mérita son nom, parce que par bien des côtés cette guerre civile fut une comédie, une sorte de jeu dangereux comme celui dont elle portait le nom.

La Fronde se passa en partie en chansons contre le cardinal. Voici le couplet le plus célèbre de toutes ces Mazarinades qui couraient alors Paris et la province :

Un vent de Fronde
A soufflé ce matin,
Je crois qu’il gronde
Contre le Mazarin.

La reine-mère, Anne d’Autriche, et Mazarin ne voulaient céder ni aux nobles ni au Parlement. Quant à la bourgeoisie, le Ministre ne la craignait point. Elle devait payer des impôts, et les Mazarinades que l’on chantait contre Mazarin, le rassuraient.

Il demandait à quelqu’un ce qu’on disait dans Paris :
« On répand, » lui répondit-on, « des couplets atroces contre votre Eminence. »

« Tant mieux, » reprit le cardinal, dans son français mêlé d’italien, « s’ils cantent des cansonettes, ils payeront. »

Quoiqu’il en soit, la noblesse, le Parlement, la bourgeoisie se mirent contre la royauté et le gouvernement. Le prince de Condé commandait les rebelles et Turenne était resté fidèle. Puis, le Parlement se rallia à la royauté.

Comme les nobles frondaient toujours, Anne d’Autriche, pour enlever tout prétexte à la guerre civile, fit proclamer la majorité de Louis XIV, alors âgé de quatorze ans (17 septembre 1651). Mais rien n’y fit. Il fallut en venir aux mains. Les armées de Condé et de Turenne marchèrent sur Paris et se livrèrent une bataille acharnée au faubourg Saint-Antoine.

Condé rebelle faisait des prodiges de bravoure.

« Je n’ai pas vu un Condé, » disait Turenne, « j’en ai vu douze. »

Les grandes dames prirent part à la bataille, et l’une des frondeuses les plus acharnées, la grande Mademoiselle, empêcha la victoire de Turenne, en aidant elle-même à faire tirer sur les troupes royales le canon de la Bastille. On était en juillet 1652.

Mais cette victoire ne profita pas aux rebelles, et la cour rentra à Paris en octobre.

Il faut ajouter que la Fronde, qui fut pour les nobles une distraction, « une guerre pour rire » selon l’expression d’un écrivain contemporain, fut pour le peuple une calamité.

Elle acheva de ruiner les provinces qu’avaient déjà ravagées la guerre de Trente ans et la guerre espagnole. La Franche-Comté, la Lorraine, la Picardie avaient perdu presque la moitié de leur population. Les environs de Paris s’étaient changés en un désert. Les bandes de Condé étaient sans pitié pour la misère populaire. Un grand artiste lorrain, Jacques Callot, a laissé dans sa célèbre suite d’estampes, Les Misères de la Guerre, des fidèles images des malheurs de son temps.

La charité montra alors sa face secourable. Saint-Vincent-de-Paul parut, dont le nom symbolise encore la pitié. Il fonda l’hospice des enfants trouvés, l’hospice des vieillards, organisa l’assistance publique et mérita des pauvres reconnaissants le surnom : « d’intendant de la Providence. »

Le Cardinal Mazarin mourut en 1661, laissant la France plus grande de l’Artois, de l’Alsace, du Roussillon. Le règne personnel de Louis XIV commença la même année. Ce fut la monarchie absolue. Dans une phrase lapidaire : « L’Etat, c’est moi », le nouveau roi résumait sa conception du pouvoir royal. Jamais la cour ne fut plus brillante que sous Louis XIV. La gloire de la France était à son apogée. Elle était rehaussée par l’éclat dont brillaient les lettres et les arts. Corneille, Racine, Boileau, Molière, Bossuet, Pascal, La Fontaine fixaient la langue française et la dotaient de ses chefs-d’œuvre. Louis XIV que l’on appelle le Roi Soleil, protégea encore les arts, fit bâtir des palais dont celui de Versailles fut le plus somptueux.

Le 17e siècle