Le Camp du Drap d’Or

Le Camp du Drap d’Or (1520)

Pour lutter avantageusement contre l’empereur Charles-Quint, le roi de France, François Ier, chercha des alliances. Le roi d’Angleterre pouvait jouer un rôle important dans la lutte, et c’est avec raison qu’Henri VIII avait pris pour devise : « Qui je défends est maître. »

François Ier essaya de s’allier avec lui contre le nouvel empereur qui enveloppait et serrait la France de tous côtés. Le roi de France demanda une entrevue au roi d’Angleterre. Elle eut lieu, l’année 1520, en plein champ, entre Guines et Ardres.

On déploya des deux côtés une magnificence inouïe. Des tentes merveilleuses, que l’on appellerait plus justement des palais provisoires, furent élevées aux portes de Guines et d’Ardres.

Il faut se hâter d’ajouter que si cette entrevue est restée célèbre dans l’histoire, c’est beaucoup plus par son faste royal, par les plaisirs qui ne cessèrent de solliciter les assistants et par quelques traits personnels, que par ses résultats sur la politique générale des grandes nations.

On l’appela le Camp du Drap d’Or.

La dépense que firent les seigneurs des deux cours en habits et équipages, en bonne chère, en divertissements de toute sorte « ne se peut estimer », dit Martin du Bellay, « tellement que plusieurs portèrent leurs moulins, leurs forêts et leurs prés sur leurs épaules. Pourquoi la dite assemblée fut nommée le Camp du Drap d’Or. »

Le roi d’Angleterre avait fait élever par onze cents ouvriers, choisis parmi les plus habiles des Flandres et de la Hollande, une sorte de palais en bois, de forme quadrangulaire, long de 128 pieds par côté. Sur la face où se trouvait l’entrée était une fontaine dorée que dominait une statue de Bacchus et d’où sortaient un grand nombre de jets des meilleurs vins connus et qui portait cette inscription en lettres d’or :

« Faites bonne chère qui voudra. »

Vis-à-vis du Palais, on avait dressé une grande figure de sauvage qui portait les armoiries de la race du roi d’Angleterre et lui-même en avait indiqué l’inscription orgueilleuse:

« Celui que je soutiens l’emporte. »

Le roi de France, poussé par son esprit fastueux et chevaleresque se montra jaloux d’égaler en magnificence et en luxe son noble visiteur et il fit dresser, près d’Ardres, une tente immense, que soutenait à son centre, un mât démesuré, profondément enfoncé dans le sol.

En forme de dôme, l’immense tente était entièrement couverte, à l’extérieur, de drap d’or qui étincelait au soleil. À l’intérieur, elle représentait une sphère merveilleusement tendue en velours azuré, tout semé d’étoiles en or fin, pour figurer le firmament pendant une belle nuit sans nuages. À tous les angles de l’immense tente, on en avait dressé une plus petite mais non moins riche d’aspect et qui était comme un satellite de l’astre étincelant qui, posé sur le sol, rivalisait en éclat avec le soleil qui le faisait miroiter.

La première entrevue eut lieu en présence de tous les courtisans. Les deux rois montés sur des coursiers superbes et vêtus avec un luxe dont on n’a plus idée aujourd’hui, allèrent l’un au-devant de l’autre.

Le cheval du roi d’Angleterre ayant bronché, on vit tous les visages anglais se rembrunir. Cependant les deux princes se saluèrent courtoisement et avec affabilité et sans descendre de cheval, ils s’accolèrent. Puis, après avoir mis pied à terre, ils se dirigèrent en devisant amicalement vers la tente où ils se présentèrent mutuellement leurs principaux courtisans. On but ensuite des vins français. Le roi François se montra plein d’une bonne humeur qui disposa tous les étrangers en sa faveur, et le chroniqueur anglais, Edward Hall, décrit ainsi cet « aimable prince, fier de maintien et agréable de manières, le teint brun, les yeux profonds, le nez allongé, les lèvres épaisses, la poitrine et les épaules larges, avec de petites jambes et de grands pieds. »

Ensuite, les bals, les tournois, les luttes, les fêtes de toutes sortes se succédèrent sans interruption. Les banquets où étaient servis en profusion les mets les plus recherchés, furent splendides.

La cuisine française, comme on pense, triompha alors comme elle triomphe aujourd’hui. Elle fit une profonde impression sur le Cardinal Wolsey, premier Ministre et favori d’Henri VIII. Wolsey était l’amphitrion le plus libéral d’Angleterre. Et son goût se développa beaucoup en savourant l’excellente cuisine des maîtres-queux français du Camp du Drap d’Or. Quand il fut de retour en Angleterre, son Palais de Hampton Court devint une école pour les gourmands du temps.

Cependant, lorsque commencèrent les tournois, dans les combats corps à corps, les Anglais mieux exercés, remportèrent le prix. Mais le roi de France vengea les lutteurs français en jetant rudement sur le sol Henri VIII qui lui avait jeté un défi.

Un chroniqueur du temps raconte la scène comme il suit :

« Alors commencèrent les joutes qui durèrent huit jours, et furent merveilleusement belles, tant à pied comme à cheval. Après tous les passe-temps, le roi de France et le roi d’Angleterre se retirèrent en un pavillon où ils burent ensemble. Et là le roi d’Angleterre prit le roi de France par le collet et lui dit :

« Mon frère, je veux lutter avec vous. »

Et il lui donna un attrape ou deux ; et le roi de France qui était un fort bon lutteur, lui donna un tour et le jeta par terre. Et voulait encore le roi d’Angleterre relutter, mais tout cela fut rompu, et fallut aller souper. »

Henri VIII, qui avait toujours vaincu ses courtisans, ne put cacher son dépit et garda rancune à son vainqueur.

Ainsi, tout le bénéfice du luxe déployé par le roi chevalier fut perdu, et il ne put faire alliance avec le roi d’Angleterre.

La première guerre de François Ier contre Charles-Quint, avait pour objet d’enlever ce pays à la domination du puissant empereur d’Allemagne.

François Ier allait descendre au delà des Alpes pour venir au secours de Lautrec, qui avait été battu, lorsqu’il apprit qu’un des plus riches seigneurs de France, issu du sang royal, le connétable de Bourbon, ambitieux mécontent, avait conclu un traité avec l’empereur d’Allemagne et le roi d’Angleterre pour leur livrer la France. La trahison découverte, Bourbon s’enfuit, mais l’armée du roi de France fut vaincue à Biagrasso par le connétable de Bourbon lui-même, qui n’eut point honte de porter les armes contre son pays.

Pendant la retraite des Français, le chevalier Bayard, qui défendait bravement l’arrière-garde, fut mortellement blessé par un coup d’arquebuse. On le coucha au pied d’un arbre. Les ennemis survinrent et le couchèrent sur un lit de camp. Le connétable de Bourbon osa s’approcher du bon chevalier qui, avant de mourir, lui reprocha vivement sa trahison.

Le 16e siècle