Le Roy Soleil – 8

Bataille de Malplaquet.

Après la blessure de Villars, le centre de l’armée dégarni fut enfoncé par le prince Eugène. Le vieux Boufflers, victorieux à l’aile droite, accourut avec sa cavalerie, se mit à la tête des troupes, multiplia les charges, fit des prodiges de valeur. Mais il fallut se résigner à la retraite, une des plus admirables de l’histoire militaire française.

Visite de Villars à Marly.

Après les revers, les deuils. Le dernier rayon de jeunesse et de gaieté en ce lugubre Versailles s’était éteint. La duchesse de Bourgogne était morte, puis le Duc, puis leur fils aîné. Le Roy fit venir Villars, lui avoua sa détresse, n’eut pas honte de pleurer devant lui. « Je compte, lui dit-il, aller à Péronne ou à Saint-Quentin, faire un dernier effort avec vous et périr ou sauver l’État. »

Bataille de Denain

La réponse de Villars fut la grande victoire de Denain. Il avait lancé les troupes à l’assaut des retranchements ennemis. Les dragons à l’aile droite mirent pied à terre et se lancèrent contre une forte redoute. Les morts et les blessés comblèrent le fossé. Sous cet ouragan de baïonnettes, le parapet s’éboula, les Allemands furent anéantis.

L’éclipse de soleil.

Une éclipse de soleil qui eut lieu le 3 mai 1715 intéressa particulièrement le Roy Soleil. Cassini, directeur de l’Observatoire, avait apporté des lunettes à Marly. Le roi, de la terrasse devant le château, suivit toutes les phases de l’éclipse, entouré des dames. Ce soleil obscurci l’impressionna. Il se coucha si triste et si las que les ambassadeurs étrangers firent prendre de ses nouvelles.

Louis XV béni par Louis XIV mourant.

Le mal augmentait, la gangrène s’en mêlait. Sans émotion, le roi prit toutes ses dispositions pour mourir majestueusement comme il avait vécu. Le 26 août, après avoir fait Villeroi gouverneur du Dauphin, il se fit amener l’enfant âgé de cinq ans par Madame de Ventadour. Il l’embrassa à plusieurs reprises et lui dit : « Mon enfant, vous allez être roi d’un grand royaume… Tâchez de conserver la paix avec vos voisins. J’ai trop aimé la guerre. Ne m’imitez pas en cela, non plus que dans les grandes dépenses que j’ai faites. Prenez conseil en toutes choses… Faites ce que j’ai eu le malheur de ne pouvoir faire moi-même. »

Il expira le 1er septembre 1715.