Un écolier de 1789

Un écolier de 1789

Tous les matins, au petit jour, mon père m’éveillait. Je m’habillais sans faire de bruit, et je sortais avec mon petit sac, les pieds dans mes sabots et ma bûche sous le bras. J’arrivais presque toujours avant les autres. J’entrais dans la salle encore vide. Mme Christophe, alerte comme une souris, venait déjà d’allumer le feu. Je posais ma bûche à côté du poêle et mes sabots dessus, pour les sécher. À huit heures, les écoliers arrivaient tous à la file, en criant: « Bonjour, monsieur Christophe! » Il n’était pas encore là, mais on criait tout de même. On riait, on se poussait. Mais, à peine les grands pas de M. Christophe se faisaient-ils entendre, que chacun allait se mettre sur son banc sans souffler.

Erckmann-Chatrian, Histoire d’un paysan

Erckmann-Chatrian