Boileau – Satire VI

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Les embarras de Paris

Qui frappe l’air, bon Dieu ! de ces lugubres cris?
Est-ce donc pour veiller qu’on se couche à Paris?
Et quel fâcheux démon, durant les nuits entières,
Rassemble ici les chats de toutes les gouttières?

(…)

Tout conspire à la fois à troubler mon repos,
Et je me plains ici du moindre de mes maux:
Car à peine les coqs, commençant leur ramage,
Auront de cris aigus frappé le voisinage,
Qu’un affreux serrurier, laborieux Vulcain,
Qu’éveillera bientôt l’ardente soif du gain,
Avec un fer maudit, qu’à grand bruit il apprête,
De cent coups de marteau me va fendre la tête.
J’entends déjà partout les charrettes courir,
Les maçons travailler, les boutiques s’ouvrir:
Tandis que dans les airs mille cloches émues
D’un funèbre concert font retentir les nues;
Et, se mêlant au bruit de la grêle et des vents,
Pour honorer les morts font mourir les vivans.

(…)

Je fais pour reposer un effort inutile:
Ce n’est qu’à prix d’argent qu’on dort en cette ville.
Il faudroit, dans l’enclos d’un vaste logement,
Avoir loin de la rue un autre appartement.

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