La Fontaine

La Fontaine (1621-1695)

Jean de La Fontaine, né en 1621 à Château-Thierry, mort en 1695, mérite une place à part au milieu des grands écrivains du siècle de Louis XIV. Il sut atteindre à la gloire, en composant, sans prétention aucune, d’adorables petits poèmes, auxquels il donna le nom modeste de Fables. On les fait apprendre par cœur aux enfants. S’ils voulaient prendre la peine, quand ils sont devenus grands, de relire leur La Fontaine, ils s’apercevraient que chacune de ces fables est un petit drame admirablement composé, plein de grâce et de vérité.

Chaque personnage que l’auteur y introduit parle le langage qui convient à son caractère: le loup, le chien, le mouton, le cheval, le lion, le singe, ne disent pas un mot qui ne soit conforme aux instincts qu’ils ont reçus de la nature.

Mais, tout en faisant causer les animaux, La Fontaine ne laisse pas échapper une occasion de donner aux hommes des conseils ou des leçons. Il se moque à sa façon de leurs travers. Qu’est-ce que le renard, sinon le courtisan adroit? Comment ne pas reconnaître dans le corbeau qui laisse tomber son fromage le vaniteux dupé par un flatteur sans scrupule? La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf n’est-elle point le portrait exact de l’orgueilleux?

Il ne faut donc pas regarder les Fables comme de petites compositions puériles, propres seulement à exercer la mémoire des enfants. Elles sont le fruit d’un art exquis, et quiconque les étudiera avec soin y trouvera de nouvelles beautés à chaque nouvelle lecture. Le bon La Fontaine ne se doutait guère en les composant qu’il pût leur devoir un jour l’immortalité. Il était distrait au point de ne pas reconnaître son fils, en le rencontrant dans la rue. Toujours perdu dans ses méditations, il aimait à faire de longues courses dans la campagne, passant des heures entières à écouter le chant des oiseaux, ou à étudier les mœurs de quelque animal.

Ce doux rêveur ne prenait aucun souci de ses propres affaires. Il fallait que ses amis s’occupassent de subvenir à ses besoins, car il avait dissipé par négligence et incurie toute sa petite fortune. Devenu pauvre, il fut recueilli par une excellente femme, Mme de la Sablière, qui pendant vingt ans le garda sous son toit. Quand il eut perdu sa bienfaitrice, La Fontaine se trouva fort en peine de gagner sa vie. Heureusement un de ses amis lui offrit l’hospitalité, et mit les derniers jours de l’aimable poète à l’abri de la misère.

G. Duruy

Mots expliqués

* petit drame: Action ou récit avec plusieurs personnages et des aventures, des événements qui intéressent, qui touchent.

* compositions puériles: Sans intérêt, sans utilité, bonnes seulement pour les, petits enfants.

* leur doit l’immortalité: Son nom est conservé et célèbre même longtemps après sa mort.

* incurie: Manque de soin.

Questions et Analyse des idées

1. Où et quand est né La Fontaine? — 2. Parlez de son caractère. — 3. Parlez de ses écrits. — 4. Pourquoi ses fables ne sont-elles pas de simples compositions puériles? — 5. Comment fait-il parler les animaux? — 6. Comment termina-t-il sa vie? — 7. Montrez, par certains exemples, que ses fables peuvent s’appliquer aux hommes. — 8. Quelles sont les différentes parties de cette biographie de La Fontaine?

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