Jeunesse de Buffon

Jeunesse de Buffon

Dans ma jeunesse, dit Buffon,
j’aimais beaucoup à dormir, et ma paresse me dérobait la moitié de mon temps. Mon pauvre Joseph* faisait tout ce qu’il pouvait pour la vaincre, sans pouvoir réussir. Je lui promis un écu toutes les fois qu’il me forcerait de me lever à six heures. Il ne manqua pas le jour suivant de venir me tourmenter à l’heure indiquée; mais je lui répondis fort brusquement; le jour d’après, il vint encore: cette fois-là, je lui fis de grandes menaces qui l’effrayèrent.

« Ami Joseph, lui dis-je dans l’après-midi, j’ai perdu mon temps et tu n’as rien gagné; tu n’entends pas bien ton affaire; ne pense qu’à ma promesse et ne fais désormais aucun cas de mes menaces. » Le lendemain, il réussit à son honneur. D’abord je le priai, je le suppliai, puis je me fâchai; mais il n’y fit aucune attention et me força de me lever malgré moi. Ma mauvaise humeur ne durait guère plus d’une heure après le moment du réveil. Il en était récompensé alors par mes remerciements et par ce qui lui était promis. Je dois au pauvre Joseph dix ou douze volumes au moins de mes ouvrages.

Buffon

* Ce domestique servit Buffon pendant 65 ans.

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Buffon