Les Souvenirs

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Les Souvenirs

Il siège au coin du feu, les paupières mi-closes,
Aspirant la chaleur du brasier qui s’éteint;
La bouilloire bouillonne avec des bruits d’étain;
Le bois flambe, noircit, s’effile en charbons roses.

Le royal exilé prend de sublimes poses.
Il allonge son nez sur des pieds de satin;
Il s’endort, il échappe au stupide destin,
À l’irrémédiable écroulement des choses.

Les siècles en son cœur ont épaissi leur nuit.
Mais au fond de son œil, inextinguible, luit,
Comme un flambeau sacré, son rêve héréditaire:

Un soir d’or, le déclin empourpré du soleil,
Des fûts noirs de palmiers sur l’horizon vermeil,
Un grand fleuve qui roule entre deux murs de terre.

Hippolyte Taine

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