Les Bestiaires – Philippe de Thaon

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Les Bestiaires – Philippe de Thaon

La langue vulgaire, devenue d’un usage universel, ne devait plus se borner à célébrer les héros de la patrie. Tous les genres d’ouvrages allaient se produire dans cet idiome qui empiétait chaque jour davantage sur le latin. À peu près à la même date où l’on rencontre la Chanson de Roland, nous voyons un trouvère normand, Philippe de Thaon, rimer les premiers traités de science et de morale que possède la langue française. Philippe de Thaon (Thaon, selon l’abbé Gervais Delarue, serait un manoir situé à trois lieues de Caen) composa deux ouvrages, l’un intitulé: Le livre des créatures; c’est un résumé des connaissances du temps sur le compost ou calendrier, compilé d’après les traités latins de Bède, de Gerland, etc. L’autre est un bestiaire, c’est-à-dire une sorte d’histoire naturelle moralisée. Les bestiaires forment au moyen âge une suite de compositions très nombreuses. Ces traités de zoologie fantastique semblent avoir été très goûtés; ils se multiplieront au commencement du XIIIe siècle, où Philippe de Thaon aura beaucoup d’imitateurs en vers et en prose.

Pour nous, ces traités ont l’intérêt de nous faire connaître toutes ces fables bizarres dont les règnes animal, végétal et minéral étaient alors peuplés et qui prouvent une si complète prédominance de l’imagination sur l’observation. Ils ont surtout l’utilité de nous enseigner la signification de la plupart des emblèmes employés par l’architecture, la sculpture et la peinture; ce sont des textes essentiels à consulter pour tous ceux qui se livrent à l’étude de l’art pendant cette période.

Philippe de Thaon emploie l’idiome roman à un usage nouveau et le force à exprimer des idées que le latin avait eu seul jusque-là le privilège de rendre.

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Philippe de Thaon