Madame de Staël

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Madame de Staël

D’une famille suisse et protestante, Madame de Staël (1766-1817) reçut dès son enfance à Paris l’empreinte du XVIIIe siècle philosophique, la culture anglaise, et se forma de bonne heure des idées libérales en littérature comme en politique. Exilée par Napoléon, elle connut l’Allemagne et sa littérature par deux voyages qui furent décisifs (1803-1804 et 1807-1808), et par Wilhelm Schlegel, qui passa de longues années auprès d’elle. Elle fit de son château de Coppet sur le Léman, où se réunissaient des hommes de lettres fameux des pays les plus divers, un foyer d’idées libérales et le creuset du romantisme européen. Dans De la Littérature (1800), elle cherche à expliquer la littérature ancienne et moderne en la rattachant aux mœurs, à l’état social, à la religion; idée absolument neuve, et qui créait la critique moderne; mais le tableau qu’elle trace est souvent médiocre ou peu exact. De l’Allemagne (1810, publié en 1814) est son œuvre maîtresse; grand livre et fécond, malgré des illusions et des partis-pris. Il révélait à la France ce pays, sa philosophie et surtout sa littérature récente; cette dernière révélation fut d’une importance capitale, aussi pour d’autres pays de l’Europe. En préférant les littératures « du Nord » à celles « du Midi », l’auteur brisait avec la tradition classique; elle exaltait l’imagination, le sentiment, l’enthousiasme; ce livre devint « la Bible des romantiques ».

Dans Delphine (1802), long roman par lettres, Madame de Staël mit une partie d’elle-même et exposa ses idées sur le rôle de la femme dans la société mondaine ; Corinne ou l’Italie (1807), qui fit longtemps sa plus grande gloire, est surtout remarquable par ce que la belle improvisatrice garde du tempérament passionné et enthousiaste de l’auteur, par les idées nombreuses qu’on y discute, par les types nationaux que cet ancêtre des romans cosmopolites peint avec finesse.

Cosmopolite de goûts littéraires et profondément idéaliste, Madame de Staël fut l’annonciatrice d’une ère nouvelle où l’esprit et la raison s’accorderaient avec l’âme et le sentiment. À l’effet de ses ouvrages s’ajoutait celui de sa conversation, d’une richesse, d’un éclat incomparables.

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