Le roman au 18e siècle – Werther

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Les Souffrances du jeune Werther

Sous l’influence de Richardson et de Rousseau, les romans par lettres se multiplièrent, surtout en Allemagne. La plupart gardèrent le caractère nettement moralisant de leurs modèles. On y inséra des rêveries, des fragments de journal intime. Ainsi se préparait le moule d’où Gœthe devait faire jaillir un chef-d’œuvre, lorsqu’à vingt-quatre ans il écrivit Les Souffrances du jeune Werther (1774), où se voit l’influence directe de La Nouvelle Héloïse. L’action et les détails en étaient calqués sur deux épisodes réels, artistement fondus ensemble, mais l’auteur y avait versé son âme. Ce premier type du roman psychologique-lyrique est surtout le journal des sentiments de Werther, qui passe de l’ardent enthousiasme au désespoir et au suicide, de ses rêveries passionnées ou mélancoliques, de ses idées, des scènes familières qu’il évoque. Une sincérité vibrante, un profond sentiment de la nature, un style admirable de grâce et de poésie, gardent à ce court chef-d’œuvre une perpétuelle jeunesse. Son succès fut prodigieux dans tous les pays, et se prolongea longtemps après que la fièvre werthérienne fut passée en Allemagne; Werther et Charlotte devinrent des héros favoris. Partout naquirent des imitations, romans, élégies, drames, où dominaient tantôt une sensibilité larmoyante, tantôt la révolte anti-sociale; le livre, considéré comme dangereux, fut interdit dans certains pays.

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Le roman au 18e siècle