Conte et roman de la Renaissance au 17e siècle – Boccace

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Giovanni Boccaccio (1313-1375)

Si l’épopée a pour origine les récitations des aèdes, des bardes ou des trouvères, le conte descend des bonnes histoires narrées à la veillée. C’est en Italie que la nouvelle ou conte en prose prit une formé littéraire; ce genre s’imposa à toutes les littératures,et nous le retrouvons de nos jours dans tous les pays. Dans ce récit de quelques pages, les faits sont le plus souvent empruntés à la vie bourgeoise contemporaine; l’impression produite est parfois l’attendrissement, plus souvent la gaieté; cette dernière naît fréquemment de situations scabreuses ou même licencieuses.

Les principaux de ces caractères apparaissaient dès la fin du XIIIe siècle dans le Novellino, recueil très varié dû à un Florentin anonyme. Mais Boccace (1313-1375) fut le premier maître et le modèle du genre. Né d’un Florentin et d’une Française, il composa des ouvrages en latin qui eurent dans toute l’Europe beaucoup de succès et d’influence, pendant deux siècles au moins, traités moraux, compilations, et divers poèmes en italien. Mais il est resté surtout l’auteur du Décaméron qu’il écrivit de 1350 à 1353. Il nous transporte d’abord à Florence pendant la grande peste, dont l’auteur fait un ample et magnifique tableau. Trois jeunes gentilshommes et sept dames, réfugiés dans une villa des environs, se content des histoires pour passer le temps, chacun une par jour pendant dix jours. Ces cent nouvelles sont introduites et reliées par des réflexions, des discussions; chaque conteur a son caractère, et l’habile composition du livre en fait une œuvre d’art.

Ces contes sont le plus souvent d’un réalisme ironique et licencieux; il en est pourtant d’honnêtes, et même de touchants; beaucoup sont romanesques, et plus amusants que vraisemblables. Boccace conte avec une bonhomie narquoise; son récit, son dialogue, le relief des personnages sont excellents. Sa phrase se déroule avec une ampleur cicéronienne; c’est un des initiateurs en Europe de la prose en langue vulgaire. Certains de ses grands contes sérieux, Titus et Gisippe, Guiscard et Gismonda, Griselidis, traduits et repris pendant des siècles dans les langues les plus diverses, sont à l’origine du roman moderne.

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