Le bon Juge

Popinot avait le bonheur d’agir sur une plus vaste circonférence et dans une sphère plus élevée; il veillait à tout, il prévenait le crime, il donnait de l’ouvrage aux ouvriers inoccupés, il faisait placer les impotents, il distribuait ses secours avec discernement sur tous les points menacés, se constituant le conseil de la veuve, le protecteur des enfants sans asile, le commanditaire des petits commerces. Personne au palais ni dans Paris ne connaissait cette vie secrète de Popinot. Il est des vertus si éclatantes qu’elles comportent l’obscurité, les hommes s’empressent de les mettre sous le boisseau. Quant aux obligés du magistrat, tous, travaillant pendant le jour et fatigués la nuit, étaient peu propres à le prôner; ils avaient l’ingratitude des enfants, qui ne peuvent jamais s’acquitter parce qu’ils doivent trop. Il y a des ingratitudes forcées; mais quel cœur a pu semer le bien pour récolter la reconnaissance et se croire grand?

Honoré de Balzac, L’Interdiction.

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Honoré de Balzac