Vauvenargues

Inférieur à Montesquieu et Buffon par la force du génie et l’importance des œuvres, Vauvenargues mérite cependant une place à côté d’eux, nature belle et noble statue qui domine le cours agité et souvent troublé du siècle. Seulement, lui, ce qui le maintint au-dessus des accidents, ce fut la générosité de son âme. Les étrangers l’admirent plus que nous ne le faisons nous-mêmes. Ils ont raison. Vauvenargues, par sa jeunesse, par son âme, par sa mort prématurée, mérite de clore la liste incomparable de nos moralistes: Montaigne, Pascal, La Rochefoucauld, La Bruyère. Il a un rayon de fraîche et pure lumière, qui n’a pas, malgré tout, brillé sur eux. Il les corrige et les complète, comme une hirondelle qui passe rajeunit un paysage.

Il était né en 1715, il mourut en 1747 à trente-deux ans. Il était Provençal et prit service dans le Régiment du roi. Il aimait la gloire, et d’abord celle des armes. Après bien des fatigues et des dangers, il vit sa santé détruite, ses espérances ruinées; il donna sa démission et vint vivre à Paris, où l’accueillit la délicate amitié de Voltaire. Il publia en 1746 une Introduction à la Connaissance de l’esprit humain, suivie de Réflexions et de Maximes. Depuis on a retrouvé et publié deux volumes de Correspondance et des œuvres posthumes d’un vif intérêt.

Qu’il soit psychologue ou artiste, qu’il réfute la Rochefoucauld ou qu’il juge La Fontaine, Pascal, Fénelon, il a souvent un naturel charmant, toujours une admirable élévation. Pendant qu’il s’en allait de cette vie, défiguré par la petite vérole, et rongé par la phtisie, il écrivait les pensées fameuses qu’on ne se lasse pas de citer:

Les premiers jours du printemps ont moins de grâce que la vertu d’un jeune homme.

Ou:

Les grandes pensées viennent du cœur.

Il mourut avec douceur et tranquillité. Sainte-Beuve excelle à peindre ces visages en demi-teinte et son dernier mot sur Vauvenargues est: « Il réhabilite l’homme. » Heureusement, l’homme n’a pas toujours besoin d’être réhabilité, mais la vie humaine a toujours besoin d’être embellie et ennoblie. La mémoire de Vauvenargues nous y aide.

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