En Flandre

La Porte des Baudets à Bruges | Image

En Flandre

Fuyons ! Voici le temps des roses,
Belle fuyons ! Voici l’été
Qui sème au seuil des portes closes
La poussière de la cité.

Partout où Juillet nous exile,
Si nous aimons, nous trouverons
Un peu d’ombre pour notre asile,
Un reflet d’azur pour nos fronts.

Allons où le veut la fortune
De notre insoucieux essor.
Regarde, ici la terre est brune,
Les filles ont des cheveux d’or.

Ici la plaine humide et noire
S’épanouit et livre au vent
L’inépuisable et chaste gloire
Des lins bleus et des blés mouvants.

C’est la terre aux sonores villes
Où s’éveillèrent autrefois
Vos appels, libertés civiles !
Et vos révoltes, ô beffrois !

Dont les cloches semblaient épandre,
Sur les cités et les sillons,
L’âme héroïque de la Flandre
Dans la rameur des carillons.

Aimons ici, près des eaux mornes
Et sous les saules argentés.
Confions nos rêves sans bornes
A ces pâles sérénités.

Aimons sous le ciel qui s’irise.
Au ciel du Nord, frileux et doux,
O belle ! apportons la surprise
Du clair soleil qui luit en nous.

Que notre joie, aube inconnue,
De feux, de splendeurs, de rayons,
Colore l’indécise nue,
Qui flotte aux froids Septentrions.

André de Guerne (1853-1912)

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