Ta beauté, jadis cruelle

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Sonnet

On voit mourir toute chose animée
Lors que du corps l’âme subtile part ;
Je suis le corps, toi la meilleure part :
Où es-tu donc, ô âme bien aimée ?

Ne me laisse pas si longtemps pâmée,
Pour me sauver après viendrais trop tard.
Las ! ne mets point ton corps en ce hasard,
Rends-lui sa part et moitié estimée.

Mais fais, ami, que ne soit dangereuse
Cette rencontre et revue amoureuse,
L’accompagnant, non de sévérité,

Non de rigueur : mais de grâce amiable,
Qui doucement me rende ta beauté,
Jadis cruelle, à présent favorable.

Louise Labé (1524-1566)

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Louise Labé