Julie de Lespinasse

Image

Julie-Jeanne-Eléonore de Lespinasse, née à Lyon en 1732, morte à Paris en 1776. Fille naturelle de la comtesse d’Albon, elle fut élevée avec tendresse par sa mère, qu’elle perdit vers 1747, vécut, de 1747 à 1752, chez la marquise de Vichy, sa sœur légitime, cinq années d’une vie douloureuse et humiliante. Mme du Deffand, déjà presque aveugle, lui persuada d’aller vivre avec elle, au couvent Saint-Joseph, à Paris. Elle resta dix ans auprès d’elle (1754-1764).

La physionomie vive et mobile de Mlle de Lespinasse reflétait ses sentiments passionés. Beaucoup d’instruction, d’esprit naturel et de tact faisait le charme de sa conversation. Pour compenser les ennuis d’une existence dure et fatigante, elle recevait chez elle, à l’insu de Mme du Deffand, ses amis personnels, qui étaient aussi ceux de la marquise. Il en résulta entre les deux femmes une rupture irrévocable. Les amis de Mlle de Lespinasse, le président Hénault, Turgot, Marmontel, d’Alembert, la duchesse de Châtillon la suivirent dans son salon de la rue Saint-Dominique. Mme Geoffrin lui fit une pension. Un an plus tard, d’Alembert, qui l’aimait, vécut avec elle. Dévouée au parti encyclopédiste, elle intervenait efficacement dans les élections académiques.

Deux passions ont rempli la fin de sa vie. Vers 1767, elle aima N. Pignatelli, marquis de Mora, fils du marquis de Fuentès, qui retourna en Espagne en 1772 et mourut en 1774. Le comte de Guibert, auquel sont adressées ses Lettres, fut sa seconde passion. Délaissée par lui, usée par le chagrin, par une maladie de la poitrine et des nerfs, elle mourut après avoir demandé le pardon de d’Alembert.

Les lettres que Mlle de Lespinasse écrivit, entre 1773 et 1776, au comte de Guibert, ont été publiées en 1809 par la veuve de ce dernier. Cette correspondance contient d’intéressants détails sur les contemporains de l’auteur, en particulier sur Turgot. Mais elle est avant tout la plus sincère des correspondances amoureuses. Mlle de Lespinasse y revit tout entière avec sa passion, ses souffrances de chaque jour, avec ses remords quand elle songe à M. de Mora, avec ses jalousies après l’abandon de Guibert. C’est la « Nouvelle Héloïse en action », selon l’expression de Sainte-Beuve. Mlle de Lespinasse a, en écrivant, tous les caprices, toute la vivacité, la chaleur et l’abandon de la conversation.

Source

Image

Image


Julie de Lespinasse