Villehardouin

Palma le Jeune – La Prise de Constantinople de 1204 | Image

Geoffroy, seigneur de Villehardouin, naquit en Champagne un peu après 1150, et mourut en 1213. Guerrier valeureux et négociateur habile, lettré délicat et instruit qui avait lu les Chansons de geste et aurait été capable d’en composer lui-même, Villehardouin voulut perpétuer le souvenir des événements extraordinaires auxquels il avait été mêlé durant la quatrième croisade; aussi composa-t-il, mais sans pouvoir l’achever, une histoire exacte et sincère de la Conquête de Constantinople, œuvre fort curieuse à tous égards.

Assurément il ne faut pas demander au chroniqueur les qualités qui font les grands historiens, l’art de composer et la pénétration qui sait discerner les véritables causes des événements. Comment Villehardouin pourrait-il rivaliser avec Thucydide, Tite-Live et Tacite, lui qui ne soupçonnait même pas leur existence? Il n’en a que plus de mérite quand il domine véritablement son sujet, quand il parvient à ordonner un récit, quand enfin, malgré son enthousiasme naïf, il se montre capable de juger les hommes qu’il a vus à l’œuvre. Si la Chanson de Roland rappelle l’Iliade d’Homère, la chronique de Villehardouin fait songer, toutes proportions gardées, à l’Anabase de Xénophon et aux Commentaires de César; son plus grand défaut est d’être d’une lecture difficile pour quiconque ne sait pas bien l’ancien français.

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