Nicolas Gilbert

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Nicolas-Joseph Gilbert, né à Fontenay-le-Château, en Lorraine, est un poète lyrique et satirique. Il débuta par une poésie intitulée le Poète malheureux et par une ode magnifique sur le Jugement dernier, qui furent mal accueillies. Blessé dans son amour-propre et révolté contre les mœurs de la société d’alors, il publia deux satires: le Dix-huitième Siècle et Mon Apologie, où les philosophes et les encyclopédistes ne sont pas épargnés.

Malheureusement ce nouveau Juvénal n’eut pas le loisir de donner à son talent toute la maturité désirable: une chute de cheval le conduisit au tombeau à l’âge de vingt-neuf ans.

On connaît l’ode qu’il composa huit jours avant sa mort: les Adieux à la vie:

J’ai révélé mon cœur au Dieu de l’innocence;
Il a vu mes pleurs pénitents;
Il guérit mes remords, il m’arme de constance:
Les malheureux sont ses enfants.
Mes ennemis riant ont dit dans leur colère:
Qu’il meure et sa gloire avec lui!
Mais à mon cœur calmé le Seigneur dit en père:
Leur haine sera ton appui …

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Jean-Baptiste Rousseau

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Jean-Baptiste Rousseau, né à Paris en 1671, mort en exil à Bruxelles en 1741, eut une vie agitée et très malheureuse. Un arrêt du Parlement le condamna, en 1712, à un bannissement perpétuel.

On reproche à Jean-Baptiste Rousseau la stérilité de son imagination et un manque presque complet de sensibilité; mais son style a beaucoup d’éclat et souvent il fait passer dans notre langue avec un grand bonheur d’expression les beautés de premier ordre des auteurs grecs et latins. Ses odes et ses cantates constituent son plus sérieux titre de gloire.

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Philippe Quinault

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Philippe Quinault, naquit en 1635, et mourut en 1688, à Paris.

À l’âge de 20 ans, ce poète s’était déjà fait un nom par des comédies qui eurent un succès extraordinaire; il en donna seize en très peu de temps. Mais de toutes ces pièces il n’en est qu’une qu’on lise aujourd’hui avec plaisir, c’est la Mère coquette. Cette pièce renferme des détails agréables et ingénieux, et de bonnes plaisanteries; elle est d’ailleurs bien conduite, et les caractères ainsi que la versification sont d’une touche naturelle.

Mais c’est d’après ses Opéras qu’il faut juger ce poète aimable. Que d’invention, que de naturel, que de sentiment, que d’élévation, que de beautés d’ensemble et de détail, que de grâce! Alceste, Thésée , Atys, Phaéton, Amadis, Proserpine, Isis, Roland, et Armide dureront autant que la langue française. « On ne peut trop aimer la douceur, la mollesse, la facilité, et l’harmonie tendre et touchante de la poésie de Ouinault. Ni la grâce ni la noblesse n’ont manqué à l’auteur de ces poèmes singuliers. » (Vauvenargues).

Ouinault est regardé comme l’inventeur des pièces dites opéras. Voltaire l’a appelé le poète des grâces. Il ne faut pourtant pas oublier que la plupart de ses meilleurs ouvrages ne sont pas exempts de défauts, et les critiques n’ont pas manqué de les signaler; mais les nombreuses beautés que le poète a créées demandent grâce en faveur de ses défauts.

Quinault a été de l’Académie française.


Madrigal

Vous juriez autrefois que cette onde rebelle
Se ferait vers sa source une route nouvelle,
Plutôt qu’on ne verrait votre cœur dégagé.
Voyez couler ces flots dans cette vaste plaine:
C’est le même penchant qui toujours les entraîne;
Leur cours ne change point, et vous avez changé.

Philippe Quinault

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Laboulaye – Les contes de fées

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Laboulaye fut avant tout homme politique et jurisconsulte. Il a laissé un grand nombre d’études sur des questions de droit. Il écrivit aussi quelques romans et des contes d’une lecture agréable réunis sous ce titre: Contes bleus.


Les contes de fées

Dédaigne qui voudra les contes de fées; pour moi, c’est une des joies de mon enfance, c’est un de mes plus doux souvenirs. Il y a quarante ans, quand j’avais récité Lhomond*, on m’ouvrait en récompense la bibliothèque de mon grand-père. En passant, j’admirais de beaux volumes dont il m’était seulement permis de regarder le titre et j’arrivais enfin au livre qui occupait mes rêves, au plus charmant de tous les recueils, au Cabinet des Fées. Une fois en possession d’un de ces précieux volumes, je fuyais au bout du jardin, et là, sous un berceau tout garni de troènes, en face de la Seine et de l’île bordée de grands peupliers qui murmuraient à tous les souffles du vent, j’entrais avec transport dans le royaume de la fantaisie.

Que de caravanes j’ai faites à la suite du prince Fortuné! Avec quelle inquiétude je voyais, sans pouvoir l’avertir, l’oiseau bleu tomber dans le piège que lui tendait l’infâme Truitone! Il y avait aussi une bonne petite grenouille qui mettait deux ou trois ans à grimper un escalier pour sauver une malheureuse princesse condamnée pendant ce temps-là à faire des pâtés de pattes de mouche; elle m’a causé de cruelles émotions! …

À lire ces merveilleux récits, je m’enivrais; il me semblait que les arbres, les eaux, les fleurs allaient me parler ou me répondre, et quand la chienne du logis, inquiète de ce que je ne l’agaçais plus, venait troubler mon illusion en mettant sa patte ou son museau sur mon livre, je la regardais avec un intérêt mélancolique, n’étant pas bien sûr que la pauvre Dragonne, avec ses yeux si doux et si intelligents, ne fût pas une princesse victime de quelque abominable fée. Heureusement ma princesse elle-même rompait le charme en aboyant …

Bien des années ont passé sur ces rêves, mais elles ne m’ont pas encore apporté cette sagesse dont on m’avait menacé. Entre autres faiblesses, j’ai gardé l’amour des contes de fées …

D’où vient ce goût singulier que les hommes ont pour le merveilleux? Est-ce donc que le mensonge est plus doux que la vérité? Non, les contes de fées ne sont pas un mensonge, et l’enfant, qu’il s’en amuse ou qu’il s’en effraie, ne s’y trompe pas un instant. Les contes sont l’idéal, quelque chose de plus vrai que la vérité du monde, le triomphe du bon, du beau, du juste. L’innocence l’emporte toujours. Souvent, il est vrai, la victime passe trente ans dans un cachot avec des serpents, quelquefois même on la coupe en morceaux, mais tout s’arrange à la fin; le méchant est toujours puni; il n’est pas besoin d’attendre un monde meilleur pour châtier le crime et couronner la vertu.

C’est là qu’est le secret de ces récits merveilleux.

Édouard Laboulaye (1811-1883), Contes bleus, Introduction.

* Lhomond est l’auteur d’une grammaire latine jadis très répandue dans les classes.

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Crébillon

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La tragédie s’était énervée entre les mains des fades imitateurs de Racine. Crébillon entreprit de donner une vie nouvelle à ce genre épuisé; il chercha à exciter l’émotion chez les spectateurs par les moyens les plus violents: il étala sous leurs yeux des traits de la plus effroyable cruauté. La terreur est pour lui l’unique ressort de la tragédie, et souvent il émeut par ce procédé. Il abonde en beaux vers, mais isolés. Son style est ordinairement lâche, heurté, raboteux et peu correct: il est parfois déclamatoire, et presque toujours plus théâtral que dramatique. Rhadamiste et Zénobie passe pour son chef-d’œuvre. Il a laissé encore Idoménée, Atrée et Thyeste, Électre, Xerxès, Sémiramis, Pyrrhus, Catilina, le Triumvirat.

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Rhadamiste et Zénobie | Image

Catilina | Image


Crébillon


Image from page 304 of "Library of the world's best literature, ancient and modern" (1904)

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