La guêpe et l’abeille

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Le Chat botté

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Laboulaye – Les contes de fées

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Laboulaye fut avant tout homme politique et jurisconsulte. Il a laissé un grand nombre d’études sur des questions de droit. Il écrivit aussi quelques romans et des contes d’une lecture agréable réunis sous ce titre: Contes bleus.


Les contes de fées

Dédaigne qui voudra les contes de fées; pour moi, c’est une des joies de mon enfance, c’est un de mes plus doux souvenirs. Il y a quarante ans, quand j’avais récité Lhomond*, on m’ouvrait en récompense la bibliothèque de mon grand-père. En passant, j’admirais de beaux volumes dont il m’était seulement permis de regarder le titre et j’arrivais enfin au livre qui occupait mes rêves, au plus charmant de tous les recueils, au Cabinet des Fées. Une fois en possession d’un de ces précieux volumes, je fuyais au bout du jardin, et là, sous un berceau tout garni de troènes, en face de la Seine et de l’île bordée de grands peupliers qui murmuraient à tous les souffles du vent, j’entrais avec transport dans le royaume de la fantaisie.

Que de caravanes j’ai faites à la suite du prince Fortuné! Avec quelle inquiétude je voyais, sans pouvoir l’avertir, l’oiseau bleu tomber dans le piège que lui tendait l’infâme Truitone! Il y avait aussi une bonne petite grenouille qui mettait deux ou trois ans à grimper un escalier pour sauver une malheureuse princesse condamnée pendant ce temps-là à faire des pâtés de pattes de mouche; elle m’a causé de cruelles émotions! …

À lire ces merveilleux récits, je m’enivrais; il me semblait que les arbres, les eaux, les fleurs allaient me parler ou me répondre, et quand la chienne du logis, inquiète de ce que je ne l’agaçais plus, venait troubler mon illusion en mettant sa patte ou son museau sur mon livre, je la regardais avec un intérêt mélancolique, n’étant pas bien sûr que la pauvre Dragonne, avec ses yeux si doux et si intelligents, ne fût pas une princesse victime de quelque abominable fée. Heureusement ma princesse elle-même rompait le charme en aboyant …

Bien des années ont passé sur ces rêves, mais elles ne m’ont pas encore apporté cette sagesse dont on m’avait menacé. Entre autres faiblesses, j’ai gardé l’amour des contes de fées …

D’où vient ce goût singulier que les hommes ont pour le merveilleux? Est-ce donc que le mensonge est plus doux que la vérité? Non, les contes de fées ne sont pas un mensonge, et l’enfant, qu’il s’en amuse ou qu’il s’en effraie, ne s’y trompe pas un instant. Les contes sont l’idéal, quelque chose de plus vrai que la vérité du monde, le triomphe du bon, du beau, du juste. L’innocence l’emporte toujours. Souvent, il est vrai, la victime passe trente ans dans un cachot avec des serpents, quelquefois même on la coupe en morceaux, mais tout s’arrange à la fin; le méchant est toujours puni; il n’est pas besoin d’attendre un monde meilleur pour châtier le crime et couronner la vertu.

C’est là qu’est le secret de ces récits merveilleux.

Édouard Laboulaye (1811-1883), Contes bleus, Introduction.

* Lhomond est l’auteur d’une grammaire latine jadis très répandue dans les classes.

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Le Faucon et le Chapon

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Le Faucon et le Chapon

Une traîtresse voix bien souvent vous appelle;
Ne vous pressez donc nullement:
Ce n’était pas un sot, non, non, et croyez-m’en,
Que le chien de Jean de Nivelle.

Un citoyen du Mans, chapon de son métier,
Était sommé de comparaître
Par devant les lares du maître.
Au pied d’un tribunal que nous nommons foyer,
Tous les gens lui criaient, pour déguiser la chose:
Petit, petit, petit ! mais loin de s’y fier,
Le Normand et demi laissait les gens crier.
Serviteur, disait-il; votre appât est grossier:
On ne m’y tient pas; et pour cause.
Cependant un faucon sur sa perche voyait
Notre Manseau qui s’enfuyait.
Les chapons ont en nous fort peu de confiance,
Soit instinct, soit expérience.
Celui-ci, qui ne fut qu’avec peine attrapé,
Devait le lendemain, être d’un grand soupé,
Fort à l’aise en un plat: honneur dont la volaille
Se serait passée aisément.
L’oiseau chasseur lui dit: Ton peu d’entendement
Me rend tout étonné. Vous n’êtes que racaille,
Gens grossiers, sans esprit, à qui l’on n’apprend rien.
Pour moi, je sais chasser, et revenir au maître.
Le vois-tu pas à la fenêtre?
Il t’attend: es-tu sourd? Je n’entends que trop bien,
Repartit le chapon: mais que me veut-il dire!
Et ce beau cuisinier armé d’un grand couteau?
Reviendrais-tu pour cet appeau?
Laisse-moi fuir; cesse de rire
De l’indocilité qui me fait envoler
Lorsque d’un ton si doux on s’en vient m’appeler.
Si tu voyais mettre à la broche
Tous les jours autant de faucons
Que j’y vois mettre de chapons,
Tu ne me ferais pas un semblable reproche.

Jean de La Fontaine, Fables, livre VIII

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Le faucon et le chapon


Les deux jardiniers

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