Clément Marot – Les deux Richesses

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Clément Marot (1496-1544)

Clément Marot est le seul poète original de la première moitié du XVIe siècle. Sans être un novateur, il s’élève bien au-dessus de ses contemporains par la facilité, le naturel, la grâce et la délicatesse de ses meilleures poésies. Il excelle dans l’épigramme, le rondeau, le madrigal, et surtout les épîtres badines. Deux fois emprisonné comme protestant, il dut enfin chercher un asile à Genève, puis à Turin où il mourut. C’est Clément Marot qui marque la transition entre le moyen âge et la Renaissance.

Les deux Richesses

Riche ne suis, certes, je le confesse,
Bien né pourtant, et nourri* noblement:
Mais je suis lu du peuple et gentillesse*
Par tout le monde, et dit-on: « C’est Clément. »
Maints vivront peu, moi éternellement.
Et toi tu as prés, fontaines et puits,
Bois, champs, châteaux, rentes et gros appuis.
C’est de nous deux la différence et l’être.
Mais tu ne peux être ce que je suis:
Ce que tu es, un chacun le peut être.

Clément Marot

* nourri: élevé
* gentillesse: noblesse

Source

Clément Marot

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Ronsard

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Ronsard (1524-1585)

Pierre de Ronsard, de famille aristocratique, était destiné à la vie de cour. Attaché comme page au duc d’Orléans, il voyagea en Angleterre, en Allemagne, en Italie.

Sa carrière pouvait être brillante et vide: une infirmité subite orienta sa vie différemment. A vingt ans, frappé de surdité, il se mit à l’étude: c’était l’époque la plus florissante de l’humanisme. Sept années durant, dans un de ces collèges de Paris où vivaient les étudiants, sous la direction d’un helléniste éminent, Daurat, il se consacra avec passion à l’étude de l’antiquité grecque et latine, travaillant toutes les nuits jusqu’à deux et trois heures du matin.

C’est dans ce collège qu’il forma avec des amis la Brigade devenue la Pléiade.

A vingt-six ans (1550) il publia ses premières œuvres poétiques, et l’année suivante il rentra dans le monde.

Tantôt à la cour, tantôt dans quelqu’un de ses domaines du Vendômois, en relation avec toute l’aristocratie, favori des rois, il est regardé comme le plus grand poète de son temps et comblé d’honneurs et de biens, abbayes et prieurés. Après avoir joui d’une gloire européenne, — le poète italien Le Tasse vint exprès le voir — il sentit sur ses vieux jours la faveur se détacher de lui.

Son activité littéraire se manifeste entre les années 1550 et 1575.

Ambition de Ronsard.

Ronsard avait une haute idée de lui-même et de la poésie; aussi voulait-il doter la France d’œuvres dignes de l’antiquité, et, avant tout, rivaliser avec les poètes lyriques et épiques de la Grèce et de Rome.

Il fit donc d’abord des Odes, les unes historiques, à propos d’événements contemporains, imitant Pindare et Horace, les autres légères et galantes.

Les premières restent artificielles; plus que le résultat, admirons l’effort de Ronsard pour bâtir une machine poétique comme l’Ode à Michel de l’Hôpital, de 800 vers.

Il entreprit aussi une épopée à la manière antique. Nourrissant à l’égard de nos chansons de geste médiévales un mépris qu’exprime la Défense et Illustration, il composa quatre chants de la Franciade sur les vingt-quatre qu’il avait projetés. Francus, fils d’Hector, ayant abordé en Gaule après la chute de Troie, serait le lointain ancêtre de la famille royale française, comme Énée celui de la famille impériale romaine.

Calquée sur un modèle antique et sans rien de sincère, la Franciade ne pouvait être une œuvre durable. Voilà les parties manquées et mortes de l’œuvre de Ronsard. Induit en erreur par son admiration aveugle de l’antiquité, par son érudition indiscrète, il voulut reproduire en français les grands modèles anciens; alors la sincérité de l’inspiration lui fit défaut et son œuvre est froide. Pourtant, si son effort n’aboutit pas toujours, ce lui fut un rude et utile exercice de style et de versification.

Les meilleures œuvres de Ronsard.

Mais là où Ronsard est vraiment poète, toujours vivant, c’est lorsqu’il laisse son naturel s’exprimer sincèrement, soit en des pièces courtes, légères (petites odes, élégies, sonnets), soit dans des passages perdus au milieu de développements médiocres.

Ses sentiments n’ont pas grande profondeur ni élévation: il voit la vie, qu’il aime, s’écouler, la beauté de la jeunesse se flétrir, et il en ressent de la tristesse.

Avec une âme toute païenne et épicurienne, il invite les humains à jouir de la vie. Mais la mort lui inspire plus de mélancolie que d’effroi. Il la voile soit sous de gracieux ornements dont l’entoure son imagination pour l’honorer (Sur la mort d’une jeune fille), soit sous les conceptions antiques d’un séjour élyséen (Quand vous serez bien vieille…).

Son sentiment le plus vif est celui de la nature: il aime les arbres, les fleurs, il en reçoit des sensations vives qui lui dictent des vers expressifs, de jolis tableaux nets dans le dessin, précis dans le détail.

Malheureusement, l’abus des ornements mythologiques dans le goût des humanistes nuit souvent à ces développements exquis de naturel et de sincérité (Élégie contre les bûcherons de la forêt de Gastine).

Dans les Discours inspirés par le triste spectacle des guerres civiles qui déchiraient la France, Ronsard trouve de beaux accents pour appeler les Français à la concorde, et leur inspirer cet amour du pays qui fait accepter joyeusement le sacrifice de la vie:

Heureux celui qui meurt pour sauver sa patrie!

II croit que, poète, il a le droit et le devoir de parler à la reine-mère ou au roi, au nom de leurs sujets: catholique et Français, il attend d’eux un régime fort et bienveillant qui rétablisse l’unité religieuse.

Fortune de l’œuvre de Ronsard.

Dès la génération suivante, l’œuvre de Ronsard fut attaquée par ceux qui la trouvaient trop hâtive, insuffisamment travaillée.

Boileau devait applaudir à la chute de

Ce poète orgueilleux trébuché de si haut.

Le XIXe siècle l’a réhabilité.

Action de Ronsard dans la littérature française.

Ronsard a déterminé certains progrès dans la forme: il recommandait au poète de chercher la rime riche et d’éviter l’hiatus, que lui-même ne proscrivit pas absolument.

Il a contribué à enrichir la langue littéraire en conseillant et pratiquant l’usage des termes de métiers, de chasse, de guerre.

Il a inauguré la longue tradition littéraire de ceux qui en France prirent pour maîtres les anciens.

Conclusion.

Ronsard a laissé des vers d’une inspiration gracieuse ou mélancolique sur la nature, les fleurs, les arbres, la fuite de la vie. Certaines pages de son œuvre sont éloquentes et d’une haute inspiration. Il a eu de la tâche et du caractère du poète une idée noblement élevée.

Texte

Pierre de Ronsard

Le printemps n’a point tant de fleurs

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Pierre de Ronsard

Baiser

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Pierre de Ronsard

Comme un chevreuil

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Pierre de Ronsard