Le Chêne et le Roseau

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Le Chêne et le Roseau

Le chêne un jour dit au roseau:
Vous avez bien sujet d’accuser la nature;
Un roitelet pour vous est un pesant fardeau:
Le moindre vent qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête;
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir,
Je vous défendrais de l’orage:
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
Votre compassion, lui répondit l’arbuste,
Part d’un bon naturel; mais quittez ce souci:
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables;
Je plie et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos;
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L’arbre tient bon; le roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

La Fontaine, Fables – Livre I

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La Fontaine

Le Médecin malgré lui

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Molière

L’Écolier, le Pédant, et le Maître d’un jardin

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L’Écolier, le Pédant, et le Maître d’un jardin

Certain enfant qui sentait son collège,
Doublement sot et doublement fripon
Par le jeune âge et par le privilège
Qu’ont les pédants de gâter la raison,
Chez un voisin dérobait, ce dit-on,
Et fleurs et fruits. Ce voisin, en automne,
Des plus beaux dons que nous offre Pomone
Avait la fleur, les autres le rebut.
Chaque saison apportait son tribut;
Car au printemps il jouissait encore
Des plus beaux dons que nous présente Flore.
Un jour dans son jardin il vit notre écolier,
Qui, grimpant sans égard sur un arbre fruitier,
Gâtait jusqu’aux boutons, douce et frêle espérance,
Avant-coureurs des biens que promet l’abondance:
Même il ébranchait l’arbre; et fit tant à la fin
Que le possesseur du jardin
Envoya faire plainte au maître de la classe.
Celui-ci vint suivi d’un cortège d’enfants:
Voilà le verger plein de gens
Pires que le premier. Le pédant, de sa grâce,
Accrut le mal en amenant
Cette jeunesse mal instruite:
Le tout, à ce qu’il dit, pour faire un châtiment
Qui pût servir d’exemple, et dont toute sa suite
Se souvint à jamais comme d’une leçon.
Là-dessus il cita Virgile et Cicéron,
Avec force traits de science.
Son discours dura tant que la maudite engeance
Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin.

Je hais les pièces d’éloquence
Hors de leur place, et qui n’ont point de fin;
Et ne sais bête au monde pire
Que l’écolier, si ce n’est le pédant.
Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire,
Ne me plairait aucunement.

La Fontaine, Fables – Livre IX

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La Fontaine

Le 17e siècle – Caractères généraux

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Le 17e siècle – Caractères généraux

1° Littérature disciplinée.

Le XVIIe siècle est, en politique, l’époque où la France, lasse des troubles civils, s’éprend d’ordre et d’unité et se plie unanimement à la discipline de la monarchie absolue. Ce même besoin d’ordre, d’unité, de discipline se marque bientôt dans la langue et dans la littérature: elles sont l’une et l’autre de plus en plus nettes et de mieux en mieux réglées. Malherbe, les nombreux salons mondains, dont le plus fameux est l’Hôtel de Rambouillet, l’Académie française fondée en 1635, de sévères grammairiens tels que Vaugelas sont les principaux artisans de cette transformation.

Désormais les auteurs devront se soucier d’écrire en une langue pure; ils devront aussi composer leurs ouvrages selon « le bon goût » et selon les règles rigoureuses dont Boileau a formulé les plus importantes dans son Art Poétique. Ainsi pour écrire une pièce de théâtre on sera obligé de se conformer aux règles édictées, affirme-t-on, par un philosophe de l’antiquité, Aristote. Sans doute une telle réglementation était-elle souvent trop étroite: c’est grâce à elle pourtant, du moins en partie, que les écrivains du XVIIe siècle ont produit des œuvres si fortes et si clairement ordonnées.

2° Littérature mondaine: les genres.

La plupart des écrivains forment leur talent à la cour ou dans les salons, au contact des grands seigneurs et des grandes dames, parmi les conversations élégantes et spirituelles. Ce monde de la noblesse, brillant et distingué, comptait seul alors, le peuple demeurant dans une complète ignorance. Les auteurs écrivent donc pour une société d’élite, peu nombreuse; c’est à elle qu’ils cherchent à plaire. Aussi les genres les plus en honneur sont-ils des genres susceptibles de favoriser ou d’orner la vie mondaine. Le théâtre, genre éminemment mondain, produit les œuvres les plus belles de ce siècle: Corneille et Racine ont laissé, dans la tragédie, d’immortels chefs-d’œuvre; la comédie doit au génie de Molière un incomparable éclat. L’éloquence religieuse représentée par Bourdaloue, Massillon, Fénelon, s’exprime en toute perfection par la puissante parole de Bossuet. La littérature épistolaire s’élève à la hauteur d’un genre littéraire dans la correspondance exquise de Mme de Sévigné. La vogue momentanée des maximes et des portraits au sein de la société polie a porté La Rochefoucauld à écrire les Maximes et La Bruyère à composer les Caractères. Enfin La Fontaine lui-même, en dépit de son humeur indépendante, a l’incessante préoccupation de plaire à ce public de choix.

3° Littérature impersonnelle: la peinture de l’homme moral.

Tous ces écrivains, auxquels il faut joindre les grands philosophes Descartes, l’auteur du Discours de la Méthode, et Pascal, l’auteur des Pensées, évitent, afin de rester véritablement humains, d’être personnels, d’exprimer leurs goûts et leurs sentiments intimes. Ils obéissent par là à une tendance de toute l’époque: on accorde alors une place souveraine, dans la vie comme dans la littérature, à la raison, à laquelle les sentiments doivent être subordonnés. On s’attache à l’étude et à la représentation de faits généraux, impersonnels, et plus particulièrement de l’homme en sa vie morale.

De là vient l’intérêt profond et durable des œuvres du XVIIe siècle: nous y trouvons la peinture éternellement vraie comme éternellement vivante des travers, des passions et des caractères.

Source

Le siècle classique

Pascal – Citation

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Pascal