Et quelque jour on ira jusqu’à la lune

Image

Et quelque jour on ira jusqu’à la lune

Je ne veux plus jurer qu’il ne puisse y avoir commerce quelque jour entre la lune et la terre… On commence déjà à voler un peu; plusieurs personnes différentes ont trouvé le secret de s’ajuster des ailes qui les soutinssent en l’air, de leur donner du mouvement, et de passer par dessus des rivières. À la vérité, ce n’a pas été un vol d’aigle, et il en a quelquefois coûté à ces nouveaux oiseaux un bras ou une jambe; mais enfin cela ne représente encore que les premières planches que l’on a mises sur l’eau, et qui ont été le commencement de la navigation. De ces planches-là, il y avait bien loin jusqu’à de gros navires qui pussent faire le tour du monde. Cependant, peu à peu sont venus les gros navires. L’art de voler ne fait encore que naître; il se perfectionnera, et quelque jour, on ira jusqu’à la lune.

Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, 1686.

Source

Fontenelle

Publicités

Boileau – Satire VI

Image

Les embarras de Paris

Qui frappe l’air, bon Dieu ! de ces lugubres cris?
Est-ce donc pour veiller qu’on se couche à Paris?
Et quel fâcheux démon, durant les nuits entières,
Rassemble ici les chats de toutes les gouttières?

(…)

Tout conspire à la fois à troubler mon repos,
Et je me plains ici du moindre de mes maux:
Car à peine les coqs, commençant leur ramage,
Auront de cris aigus frappé le voisinage,
Qu’un affreux serrurier, laborieux Vulcain,
Qu’éveillera bientôt l’ardente soif du gain,
Avec un fer maudit, qu’à grand bruit il apprête,
De cent coups de marteau me va fendre la tête.
J’entends déjà partout les charrettes courir,
Les maçons travailler, les boutiques s’ouvrir:
Tandis que dans les airs mille cloches émues
D’un funèbre concert font retentir les nues;
Et, se mêlant au bruit de la grêle et des vents,
Pour honorer les morts font mourir les vivans.

(…)

Je fais pour reposer un effort inutile:
Ce n’est qu’à prix d’argent qu’on dort en cette ville.
Il faudroit, dans l’enclos d’un vaste logement,
Avoir loin de la rue un autre appartement.

BoileauSatire VI

Source

Boileau

Le roseau pensant

Le roseau pensant

L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser. Une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien. Toute notre dignité consiste donc dans la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever, non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser: voilà le principe de la morale.

Pascal

Image | Texte

Blaise Pascal

Pierre Corneille

Source

Pierre Corneille

Pascal

Pascal

Pascal (1623-1662) mit dans ses œuvres tout son cœur. Malade dès son enfance, il parut avec une intelligence et une activité d’esprit effrayantes, et ne tarda pas à prendre parti dans les luttes religieuses. La question de la grâce divine et de la prédestination, diversement comprise par les jansénistes1, et les jésuites2, fit naître le livre des Provinciales (1656). Pascal réussit à faire comprendre de tous des questions jusqu’alors réservées aux docteurs, et accabla les jésuites sous des attaques toujours rudes, sinon toujours faciles à justifier. Le livre des Pensées, par lequel il voulait convaincre les sceptiques après avoir anéanti les faux moralistes, ne put être terminé. Tel qu’il est, ce monument inachevé est un des plus frappants de notre langue.

1. Disciples de Jansénius, évêque d’Ypres, dont les idées étaient condamnées par le pape.

2. Ordre célèbre fondé par Ignace de Loyola, au XVIe siècle, pour défendre la foi catholique contre les protestants, prêcher la religion aux païens, instruire la jeunesse dans l’orthodoxie et soutenir en toutes choses le pouvoir pontifical.

Source

Pascal