Le roman historique réaliste – Romans psychologiques

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Parfois le roman historique n’est qu’un roman psychologique dont le cadre explique les sentiments en jeu. Ainsi Nathaniel Hawthorne (1804-1864), Américain de Boston, qui enveloppe souvent d’un nimbe fantastique ou effrayant l’évocation des vieilles demeures et des vieux usages, prit généralement pour domaine la Nouvelle-Angleterre du XVIIe siècle (La Lettre écarlate, La Maison aux sept pignons, Le Roman de Blithedale, 1850-1852; Le Faune de marbre, 1860). Il aime à pénétrer le secret des âmes, et surtout, peut-être par tradition puritaine, à y montrer les ravages du péché.

Le Cloître et le Foyer (1867) de Charles Reade (1814-1884) est une étude précise et forte, placée en Angleterre à la fin du moyen âge.

Le Zurichois Conrad Ferdinand Meyer (1825-1898), l’un des meilleurs écrivains de la Suisse allemande, fit revivre, avec un sens psychologique très sûr, des épisodes du passé dans Jürg Jenatsch, roman des Grisons, Le Saint sur Thomas Becket (1874, 1880), et d’autres. Son art est discret, expressif et pathétique; il a, dit-il, choisi ce mode d’expression pour pouvoir, sous une forme objective et artistique, être lui-même, individuel et subjectif.

De même Hermann Sudermann (1857-1928) dans Le Chemin des Chats (1889), dont l’action se place en Prusse au temps de Napoléon.

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Le roman au 19e siècle – Europe – Amérique



Le roman historique réaliste – Histoire ancienne

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Les romans placés dans l’histoire ancienne sont nombreux à cette époque réaliste et érudite; on veut, dit Flaubert, « appliquer à l’antiquité les procédés du roman moderne ». Certains ont connu un grand succès: le livre si populaire, et d’ailleurs bien conduit, d’Edward Bulwer-Lytton (1803-1873), Les derniers jours de Pompéi (1834) ; Fabiola (1854), récit des Catacombes, du cardinal anglais Nicholas Wiseman (1802-1865), qui a joui d’une immense diffusion dans le monde catholique; les savants romans « pharaoniques » de l’Allemand Georg Ebers (1837-1898), qui furent appréciés d’un vaste public (I864-1897); La Lutte pour Rome (1876) de l’Allemand Felix Dahn (1834-1912), épopée en prose du siècle d’Alaric, dont le style est d’une harmonie étudiée.

Salammbô (1862), de Gustave Flaubert (1821-1880), est une réussite due moins à la reconstitution laborieuse de là Carthage d’Hamilcar et d’Hannon qu’au talent d’évocation, à l’art minutieux et éclatant du grand écrivain.

D’autres ont choisi l’époque où l’Empire romain passait du paganisme au christianisme pour y situer une action à propos de laquelle ils exprimaient leurs idées sur la religion, la tolérance, l’humanisme, la philosophie, les destinées de l’humanité: Alfred de Vigny (1797-1863) dans sa Daphné posthume, écrite surtout en 1837, dont le héros est Julien l’Apostat; Viktor Rydberg (1828-1895) dans Le dernier Athénien (1859), où un philosophe païen lutte et meurt pour un idéal qui conserve les sympathies de l’auteur; Anatole France (1844-1924) dans Thaïs (1894), où le pittoresque sert de cadre aux idées et aux discussions. Quo vadis? (1896) de Henryk Sienkiewicz (1846-1916), tableau de la Rome de Néron, touchante épopée du dévouement et de la foi, traduite aussitôt en vingt-deux langues, obtint un succès dont il y a peu d’exemples.

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Le roman au 19e siècle – Europe – Amérique




The Last Days of Pompeii 1913

Felix Dahn, La Lutte pour Rome

Quo Vadis 1951

Le roman historique réaliste – Espagne – Italie – Allemagne

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Ce genre doit son regain de faveur au réalisme régnant, avec lequel il cherche à s’accorder. À mesure que l’influence directe de W. Scott s’éloigne, le roman historique prend plus d’originalité et des aspects plus variés. Il devient plus érudit, parfois plus artistique; il cherche volontiers à être psychologique. En certains pays, il continue de jouer le rôle que jouent les chants épiques et les ballades historiques: faire revivre des souvenirs nationaux ou régionaux.

En Espagne, Pedro Antonio de Alarcón (1833-1891) donna des Historiettes (1882) nationales, et le court récit Le Tricorne (1874), où revit l’Andalousie du début du siècle; livre resté classique pour sa malice, sa grâce et sa couleur. Le Scandale et Le Fils de la Bola (1875, 1880) sont de bons romans qui complétèrent sa renommée.

Benito Pérez Galdós a laissé plus de quarante volumes d’Épisodes nationaux; dans les deux premières séries (1873-1878) défilent des tableaux de l’histoire espagnole, de 1798 à 1825, très attachants; les trois dernières sont plus faibles. L’ensemble constitue une immense galerie où revivent plus de cinq cents personnages, tantôt roman historique, tantôt histoire romancée.

En Italie, de l’abondant flot de romans historiques de cette période émergent les Confessions d’un octogénaire (1867) de Nievo (1831-1860), beau talent mort trop jeune, où revit avec une poésie nostalgique la vie provinciale du Frioul au début du siècle.

En Allemagne, Joseph Victor Von Scheffel (1826-1886) se fit le chantre de la Souabe rhénane dans un roman en vers, Le Trompette de Säckingen (1854), récit sentimental et malicieux, et dans un roman moyenâgeux en prose, Ekkehard (1855); tous deux sont restés extrêmement populaires.

Theodor Fontane (1819-1898) reprit tardivement l’imitation de Scott en retraçant, depuis 1876, des épisodes de l’histoire de la Prusse sous Napoléon (Avant la tempête, etc.).

Gustav Freytag brossa dans Les Aïeux (1872-1881) une vaste fresque historique nationale.

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Le roman au 19e siècle – Europe – Amérique



Le roman merveilleux

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Le roman merveilleux

Le roman mystérieux reparaissait avec Charles Nodier (1780-1844), précurseur et patron du romantisme français encore hésitant, esprit curieux pus que grand écrivain, ouvert à toutes sortes d’influences traditionnelles ou étrangères. Imitateur de Werther, des romans terrifiants, des contes merveilleux, il donna de charmantes nouvelles, et ses romans étranges et fantastiques ont été très lus (Smarra, Trilby, 1821, 1822).

Chamisso (1781-1838), écrivain allemand de descendance française, rendit son Pierre Schlemihl (1814), l’homme qui a perdu son ombre, célèbre dans le monde entier.

Hoffmann (1776-1822), de Königsberg, fut peintre, musicien, écrivain, toujours artiste, nerveux, rêveur et presque halluciné. Les Tableaux de fantaisie, les Élixirs du Diable, Le Chat Murr (1814-1822) mêlaient aux rêves la caricature, des types déformés, le merveilleux et le fantastique. Traduits et arrangés en français sous le nom de Contes d’Hoffmann (1829-1833), ils obtinrent un énorme succès, et inspirèrent souvent les romantiques de divers pays.

Edgar Allan Poe (1809-1849) fut, pour le grand public, avant tout un conteur: Gordon Pym et surtout Contes grotesques et arabesques (1838, 1840) jouirent d’une popularité immense et durable, surtout en France grâce à l’excellente traduction de Baudelaire (Histoires extraordinaires, 1856-1865). Récits policiers, histoires fantastiques d’âmes réincarnées, aventures à fond scientifique, confessions d’assassins et autres, Poe excelle à narrer le mystérieux et l’effrayant avec une logique froide et lucide.

C’est un merveilleux tout différent que respirent les contes du Danois Andersen (1805-1875), le plus universellement populaire des écrivains scandinaves. Il écrivit des poésies, des drames, des comédies, des romans de valeur (L’Improvisateur, Rien qu’un musicien, 1835, 1837), et commença en 1835 à publier ses Contes, qui parurent par livraisons pendant quarante ans. Empruntés à la mythologie du Nord, aux légendes populaires, ils offrent un merveilleux poétique et mélancolique, une tendre émotion, des peintures gaies et satiriques, un profond sentiment du mystère des forces naturelles. Ces contes ont été traduits dans toutes les langues. Innombrables sont les enfants qu’ils ont fait rêver et les hommes qu’ils ont charmés.

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Le roman au 19e siècle – Europe – Amérique



Le roman historique – Allemagne – Belgique – Pays-Bas

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Le roman historique – Allemagne – Belgique – Pays-Bas

En Allemagne, le genre du roman historique a été abondamment cultivé, sans donner d’œuvres très marquantes. Willibald Alexis (1798-1871) obtint un vif succès en attribuant à Scott son Walladmor (1824), puis en plaçant l’action de ses romans dans le Brandebourg à partir de Cabanis (1832); de cette série Les culottes du sire de Bredow (1848) est le plus célèbre; assez médiocre artiste au demeurant. Le jeune Wilhelm Hauff (1802-1827) traça dans Lichtenstein (1826) un tableau minutieux et poétique de la Souabe vers 1520.

Hendrik Conscience (1812-1883), Bruxellois et plébéien, écrivit en flamand de nombreux récits, dont les plus populaires retracent avec force et pathétique les anciennes luttes de sa patrie contre ses oppresseurs: Le Lion de Flandres (1838), qui le rendit célèbre, Jacques d’Artevelde (1849), etc.

En Hollande, le genre nouveau s’imposa en 1833 avec les débuts simultanés de Drost et de Van Lennep. Aarnout Drost (1810-1834), après avoir dans un roman placé au IVe siècle rappelé le Chateaubriand des Martyrs, offrit dans La Peste de Katwijk un tableau riche et varié de la société hollandaise du XVIIe siècle; les personnages y parlent une langue empruntée aux écrivains du temps; le roman est plus psychologique et didactique que coloré.

Jacob van Lennep (1802-1868) fut considéré comme le Scott hollandais. Dans ses romans d’intrigue placés dans le passé, le hasard amène les événements, sans nécessité psychologique: Le Fils adoptif, La Rose de Dekama, Ferdinand Huyck, tableau du XVIIIe siècle, le meilleur de la série; et le cycle Nos ancêtres (1833-1844).

Mme Bosboom-Toussaint (1812-1886) suivit la méthode de Drost dès ses premiers romans (1837-1839); puis vint l’excellente trilogie Leicester (1846-1855), où elle peint la renaissance nationale dans le style de Scott, mais avec plus de pénétration psychologique. La Maison Lauernesse (1840), histoire nationale du XVe siècle, fut suivie de beaucoup d’autres jusqu’à 1882. Le roman historique sérieux et profondément étudié fut une des spécialités de la Hollande.

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Le roman au 19e siècle – Europe