Le roman pastoral – 1

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Le roman pastoral

Pendant plus d’un siècle, le roman pastoral fut la forme préférée de la fiction idéaliste. Il a son origine dans l’Arcadie (1499) de Jacopo Sannazaro (1458-1530), Napolitain, qui fut célèbre par ses poésies latines. Un amant malheureux se console en partageant la vie des bergers; cette trame s’orne de beaucoup de pièces de vers, ornement qui resta longtemps habituel au genre. Cette première Arcadie lança la mode de la vie pastorale comme cadre du roman d’amour; elle fut très imitée, souvent aussi sous le même titre, et joua un important rôle européen.

L’inspiration mélancolique était plus accentuée au Portugal dans Jeune fille et femme (1554-1557) de Bernardim Ribeiro (1482-1552), roman pastoral et chevaleresque, assez énigmatique.

Le Portugais Jorge de Montemayor (1520-1561) écrivit en espagnol, vers 1550, Diane amoureuse, où les amours de la bergère Diana se compliquent d’épisodes, s’ornent de pièces de vers; il y a des enchanteurs et des apparitions. Diane amoureuse, traduite dans toutes les langues, jouit d’un succès international; on la continua, on l’imita, Cervantes assez médiocrement dans Galatée (1584), Lope de Vega plus heureusement dans L’Arcadie (1598).

Le Portugais Francisco Rodrigues Lobo (1580?-1622) composa Le Printemps, Le Pasteur errant, Le Désenchanté, roman en trois parties (1601-1614), en prose mêlée de vers, où s’entrecroisent plusieurs intrigues. On écrivit en Espagne des romans pastoraux jusqu’au milieu du XVIIe siècle.

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Conteurs italiens et français du 16e siècle

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Conteurs italiens et français du 16e siècle

Le plus important héritier de Boccace est Matteo Bandello (1485-1561), dont les deux cent quatorze Nouvelles (1554-1573) ont presque toutes pour fond des faits réels; la violence des passions, l’atrocité des crimes forment leurs traits dominants. Il fut très lu; en Angleterre romanciers et dramatistes, notamment Shakespeare, lui empruntèrent quantité de sujets par l’intermédiaire de ses adaptateurs français.

Parmi les nombreux recueils contemporains qui jouirent d’un succès européen, les principaux sont les Hecatommiti ou Cent contes de Giraldi Cinzio (1504-1573); les Soupers (Cene) d’Anton Francesco Grazzini, dit le Lasca (1505-1584), où l’indécence le dispute à l’atrocité; les Soirées amusantes de Giovanni Francesco Straparola (1480?-1557), qui offrent une fantaisie poétique et aimable.

L’Heptaméron (1558) de Marguerite, reine de Navarre (1492-1549), type accompli de la princesse de la Renaissance, dérive directement du Décaméron, dont il emprunte le plan. Cinq seigneurs et cinq dames, aux eaux de Cauterets, se content des histoires, soixante-douze nouvelles en tout. Comme dans Boccace, chacune est suivie d’une discussion; comme dans Bandello, les aventures racontées sont le plus souvent réelles. Marguerite l’emporte sur le maître lui-même en donnant plus d’individualité et de vie aux personnages qui racontent. Elle met dans ses histoires, parfois scabreuses, du sérieux, de la pitié, de la religion; elle y introduit l’observation des passions et l’analyse des motifs intérieurs des actes.

Bonaventure Des Périers (1500-1544), secrétaire de cette princesse, libre esprit dont les dialogues et tableaux anonymes qu’il intitulait Cymbalum mundi (Carillon du monde, 1537) avaient été condamnés au feu pour leur impiété, donna dans ses Nouvelles récréations et joyeux devis (1558-1568) plus de cent histoires courtes, élégamment narrées, où La Fontaine et bien d’autres ont puisé.

Noël du Fail (1520?-1591), dans ses Propos rustiques, ses Balivernes et surtout ses Contes d’Eutrapel (1586), offrait des éléments nouveaux: un fort goût de terroir français et rustique, et une saveur d’actualité.

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Conte et roman de la Renaissance au 17e siècle – Premiers conteurs et romanciers

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Premiers conteurs et romanciers

Le succès du Décaméron en tous pays lui suscita de bonne heure des imitateurs, d’abord en Italie. Au XVe siècle, ce genre gagna la France et l’Espagne. Antoine de La Sale (1398?-1462?) s’inspira des conteurs italiens dans Le petit Jehan de Sainctré, un des premiers romans français en prose, et dans Les quinze joies de mariage, histoire d’un mari victime des humeurs et des caprices de sa femme.

Même veine railleuse et comique, non sans amertume dans le Corbacho (1438) de l’Espagnol Alfonso Martinez dit l’Archiprêtre de Talavera (1398-1470), compilation humoristique où se trouvent divers récits d’un réalisme pittoresque.

La Sale est peut-être l’auteur des Cent nouvelles nouvelles, composées en 1462 à la Cour de Philippe le Bon, en Brabant; contes bourgeois imités de Boccace, d’un réalisme assez cynique, narrés avec une simplicité nette.

Boccace avait en Italie de nouveaux imitateurs; le principal est Masuccio; ses contes, écrits vers 1465 pour la Cour de Naples, sont plus rudement satiriques et plus violents.

Conte et roman de la Renaissance au 17e siècle – Boccace

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Giovanni Boccaccio (1313-1375)

Si l’épopée a pour origine les récitations des aèdes, des bardes ou des trouvères, le conte descend des bonnes histoires narrées à la veillée. C’est en Italie que la nouvelle ou conte en prose prit une formé littéraire; ce genre s’imposa à toutes les littératures,et nous le retrouvons de nos jours dans tous les pays. Dans ce récit de quelques pages, les faits sont le plus souvent empruntés à la vie bourgeoise contemporaine; l’impression produite est parfois l’attendrissement, plus souvent la gaieté; cette dernière naît fréquemment de situations scabreuses ou même licencieuses.

Les principaux de ces caractères apparaissaient dès la fin du XIIIe siècle dans le Novellino, recueil très varié dû à un Florentin anonyme. Mais Boccace (1313-1375) fut le premier maître et le modèle du genre. Né d’un Florentin et d’une Française, il composa des ouvrages en latin qui eurent dans toute l’Europe beaucoup de succès et d’influence, pendant deux siècles au moins, traités moraux, compilations, et divers poèmes en italien. Mais il est resté surtout l’auteur du Décaméron qu’il écrivit de 1350 à 1353. Il nous transporte d’abord à Florence pendant la grande peste, dont l’auteur fait un ample et magnifique tableau. Trois jeunes gentilshommes et sept dames, réfugiés dans une villa des environs, se content des histoires pour passer le temps, chacun une par jour pendant dix jours. Ces cent nouvelles sont introduites et reliées par des réflexions, des discussions; chaque conteur a son caractère, et l’habile composition du livre en fait une œuvre d’art.

Ces contes sont le plus souvent d’un réalisme ironique et licencieux; il en est pourtant d’honnêtes, et même de touchants; beaucoup sont romanesques, et plus amusants que vraisemblables. Boccace conte avec une bonhomie narquoise; son récit, son dialogue, le relief des personnages sont excellents. Sa phrase se déroule avec une ampleur cicéronienne; c’est un des initiateurs en Europe de la prose en langue vulgaire. Certains de ses grands contes sérieux, Titus et Gisippe, Guiscard et Gismonda, Griselidis, traduits et repris pendant des siècles dans les langues les plus diverses, sont à l’origine du roman moderne.

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Dans la poussière prendre un joyau précieux

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Jacopone était un jeune avocat de Todi. Dans une fête à laquelle il assistait, il vit la jeune fille qu’il allait épouser écrasée tout à coup par la chute d’un plafond. En recueillant son corps, on s’aperçut que, sous ses riches vêtements, elle portait un cilice. Jacopone, frappé d’un tel malheur, perdit la raison, et n’en recouvra quelques lueurs que pour embrasser la vie monastique dans l’ordre des frères mineurs. Il mourut en 1306.

Stances de Fra Jacopone

Sache bien dans la poussière
Prendre un joyau précieux,
Et d’une bouche grossière,
Un langage gracieux;
Tire d’un fou la sagesse,
Et la rose d’un buisson;
Une bête est ta maîtresse,
Si tu sais prendre leçon.

Nous voyons qu’une main vile
Trace un élégant tableau;
Du sein d’une informe argile
Sort un vase utile et beau.
Aux sales vers on sait prendre
La soie aux longs filets d’or;
Le verre vient de la cendre,
Et des sous font un trésor.

La souris la plus petite
Peut délivrer un lion;
Le taureau se précipite
Quand le pique un moucheron.
L’avis que je veux te dire,
C’est de ne rien mépriser;
Souvent un objet peut nuire
S’il ne peut favoriser.

Avec toute seigneurie
Fuis la contestation;
On te vole, on t’injurie
A la moindre occasion,
Et tout le monde s’écrie:
« Monseigneur a bien raison! »

Ne réponds pas du navire
Avant qu’il ne soit au port.
N’adore pas le martyre,
Avant que le saint soit mort,
Car souvent le fort chavire,
Et le droit devient le tort.

Fra Jacopone

Source

Littérature italienne