Hypallage


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Hypallage (du grec hypallagè, changement, échange).

Cette figure consiste en un renversement dans la corrélation des idées; elle attribue à certains mots d’une phrase ce qui appartient plus proprement à d’autres mots de cette phrase; elle applique à une chose une épithète qui ne convient qu’à une personne, et réciproquement, etc. Exemples:

Rendre l’homme au bonheur, c’est le rendre à la vie. (Boileau)

Trahissant la vertu sur un papier coupable. (Id.)

On dirait naturellement: rendre le bonheur à l’homme, c’est lui rendre la vie; se rendre coupable en trahissant la vertu dans ses écrits.

C’est par hypallage que l’on dit: la beauté des arbres, pour les beaux arbres; la chaleur du jour, pour le jour chaud, etc.

Littérature

Le vers libre

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Le vers libre

Après 1870, beaucoup de poètes français se révoltèrent contre les formes traditionnelles du vers au nom de la liberté de l’inspiration. Rimbaud fut un des premiers à utiliser le vers libre (déjà La Fontaine avait donné l’exemple, mais en gardant la rime). L’école symboliste se mit à l’utiliser de façon systématique: les poètes de cette école écrivirent des vers rythmés et qui rimaient, mais dans lesquels les règles classiques et les règles romantiques gouvernant la structure du vers n’étaient plus suivies. Jules Laforgue et Gustave Kahn sont en général considérés comme les inventeurs du vers libre symboliste.

Vers la fin du siècle et dans le premier quart du vingtième siècle, les poètes allèrent plus loin. Quelques-uns écrivirent des poèmes en prose; d’autres continuèrent à écrire des vers, mais des vers où la rime et le rythme n’existaient plus.

De nos jours on trouve des poèmes de formes très variées:

— des poèmes tout à fait conformes aux règles de versification traditionnelle;

— le vers libre de type symboliste;

— la forme créée par Paul Fort dans les Ballades françaises (de courts paragraphes disposés comme de la prose, mais que l’on pourrait le plus souvent diviser en alexandrins avec des rimes);

— des poèmes disposés en versets, un peu à la manière des versets de la Bible (ex. Saint-John Perse, Claudel);

— des poèmes disposés comme des vers mais sans rime ni rythme réguliers et, souvent sans ponctuations (ex.: Apollinaire – Breton – Éluard – Prévert).

Source

Littérature

Hyperbate


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Hyperbate (du grec hyperbaton, inverse).

L’hyperbate est une figure qui change l’ordre ordinaire de la syntaxe, ce qui lui a fait donner aussi le nom d’inversion.

Il y a des hyperbates de mots et des hyperbates de pensées, selon que l’inversion provient plus directement d’un changement dans l’ordre des mots ou d’un changement dans l’ordre de la pensée. Dans cette phrase de Bossuet:

Le matin elle fleurissait, avec quelles grâces vous le savez,

il y a hyperbate de mots, comme dans ces vers de Boileau:

C’est en vain qu’au Parnasse un téméraire auteur
Pense de l’art des vers atteindre la hauteur,
S’il ne sent point du ciel l’influence secrète.

C’est une hyperbate de pensées qui se trouve dans ce discours que Virgile place dans la bouche de Junon parlant au dieu des vents: « Éole , car le père des dieux et le roi des hommes t’a donné de calmer et de soulever les flots, un peuple ennemi de Junon vogue sur la mer Tyrrhénienne, portant en Italie Ilion et ses pénates vaincus, eh bien! déchaîne les vents, engloutis leurs vaisseaux submergés ». L’ordre grammatical est celui-ci: « Éole, déchaîne les vents et engloutis les vaisseaux des Troyens; tu le peux, car Jupiter t’a donné de calmer et de soulever les flots. »

L’hyperbate ayant pour but de donner plus de vivacité à la pensée, plus d’éclat à l’image, est défectueuse quand elle rend la phrase obscure ou ridicule. Ainsi il serait ridicule de dire en prose:

Enchanteur est le retour de la belle saison,

et l’on dira très bien avec un poète:

De la belle saison le retour a des charmes,

et même dans la poésie légère et badine:

Enchanteur est le retour du printemps.

Littérature

Syllepse


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Syllepse (du grec syllepsis, compréhension).

La syllepse est une figure par laquelle on fait accorder un mot, non avec celui auquel il se rapporte grammaticalement, mais avec l’idée comprise dans ce mot. C’est par syllepse qu’on met au pluriel les verbes qui suivent un collectif partitif:

La plupart se laissent emporter à la coutume.

La syllepse justifie cette phrase de Bossuet: « Quand le peuple hébreu entra dans la terre promise, tout y célébrait leurs ancêtres; »

celle-ci de La Bruyère:

« Les personnes d’esprit ont en eux les semences de tous les sentiments. »

On trouve encore un heureux emploi de la syllepse dans les vers suivants:

Je ne vois point le peuple à mon nom s’alarmer;
Le ciel dans tous leurs pleurs ne m’entend point nommer.

Racine

Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge,
Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin,
Comme eux vous fûtes pauvre, et comme eux orphelin.

Racine

Allons dans les combats porter mon désespoir,
Et mourons-y du moins fidèle à mon devoir.

Marmontel

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