Littérature de langue allemande

L’Allemagne a eu deux dialectes: le bas-allemand, qui n’est plus qu’un patois, et le haut-allemand, qui deviendra langue littéraire.

Le moyen âge

Codex_Manesse_Sängerkrieg_auf_der_WartburgJusqu’à la seconde moitié du XIème siècle, la littérature est d’inspiration biblique, mais tramée de vieux mythes scandinaves et germaniques. C’est ainsi qu’un clerc, Ottfried von Wissemburg, écrit les premiers poèmes en vers rimés. A partir du XIème siècle, au travers d’œuvres souvent anonymes et composées en dialecte bavarois, telles la Chanson des Nibelungen au XIIème siècle et Gudrun au XIIIème siècle, se forme le caractère propre de la littérature allemande, fait de lyrisme et de mystère. La genèse de cette littérature est marquée par un travail collectif qui s’assimile peu à peu les influences française et italienne tout en épousant le goût changeant d’un Moyen Age d’abord épris de poésie chevaleresque (Parzifal de Wolfram von Eschenbach, au XIIIème siècle), puis, avec l’essor de la bourgeoisie, d’allégorisme et de satire.

L’apport de la poésie provençale favorise l’assouplissement d’une langue peu faite pour traduire les nuances de l’amour courtois: ainsi naît le Minnesang (chant d’amour), dont Walther von der Vogelweide (1170-1225) et Hartmann von Aue (1170- 1220) sont les plus grands interprètes. La corporation des Meistersinger (Maîtres-Chanteurs) élabore à partir du XIVème siècle une véritable technique lyrique. Mais c’est la prose, mieux adaptée au réalisme et à l’humour, qui obtient la faveur populaire: récit anonyme de Till Eulenspiegel (XVème siècle), la Nef des fous du Strasbourgeois Brandt. Les plus grands prosateurs cristallisent le travail qui s’élaborait dans les pays de Saxe et de Thuringe et donnent force de loi à l’allemand littéraire: les mystiques Maître Eckhart et ses disciples.

De Luther à Goethe

La réforme joue en Allemagne un rôle essentiel que favorise l’invention récente de l’imprimerie. Luther dans sa traduction de la Bible (en collaboration avec Mélanchthon), fait oeuvre de pionnier en imposant une langue unifiée. Le XVIème siècle est d’abord illustré par l’humanisme de Reuchlin (1455- 1522) et de Ulrich von Hutten (1488-1523), bientôt converti au luthéranisme. Hans Sachs (1494-1576), le dernier des Maîtres-Chanteurs, enrichit le lyrisme des chants de maîtrise et des cantiques. Fischart (vers 1545-1590) se révèle comme l’écrivain satirique le plus important de la période post-luthérienne et, tout en rappelant l’invention verbale de Rabelais, annonce le goût baroque. La Contre-Réforme introduit, dès le début du XVIIème siècle, une littérature baroque, où se mêlent courants français et italien et qui est surtout représentée par l’œuvre d’Opitz (1597-1639), et la poésie religieuse, inspirée par Jakob Bohme, précurseur de l’idéalisme allemand de Friedrich von Spee (1591-1635) et Angelus Silesius (1624-1677), auteur du Pèlerin chérubinique. Le conteur Grimmelshausen (vers 1625-1676) écrit un grand roman d’éducation, d’inspiration picaresque, Simplicius Simplicissimus (1669), puis un récit à tiroirs, la Vagabonde Courage (1672), qui devait inspirer la Mère Courage de Brecht.

L’Aufklärung (1700-1770), « Époque des lumières », manifeste une double volonté d’affranchissement: vis-à-vis de l’influence française, encore sensible chez Wieland (1773-1813), éducateur de la nouvelle Allemagne, d’une part; du passé allemand « obscurantiste » d’autre part; elle trouve son plus illustre représentant en Leibniz et un théoricien en Lessing (1729-1788). Parallèlement, Lessing, ainsi que Johann Nicolai (1733-1811) et Moses Mendelssohn (1729- 1799), ouvrent la pensée allemande aux philosophies française et anglaise. L’Aufklärung, rationaliste et déiste, est cependant traversé par un courant sentimental et religieux, le piétisme de Klopstock (1724-1803). Avec ses écrits satiriques, Lichtenberg est un remarquable styliste.

GoetheLe Sturm und Drang, « Tempête et élan » (1770- 1785), oppose au rationalisme de I’Aufklärung un culte de la nature, de l’imagination et du génie qui annonce le romantisme. Citons Hamann (1730-1785), Herder (1744- 1803), Klinger (1752-1794), Lenz, Bürger (1747-1794). Schiller et Goethe s’illustrent au sein de cette école, l’un avec les Brigands (1781), l’autre avec Werther.

Le classicisme (1775-1805) regroupe, à Weimar, autour de Goethe, des hellénistes tels que Moritz (1727-1793) et Karl Wilhelm von Humboldt (1767-1835), qui poursuivent l’œuvre de Winckelman (1717-1768), ainsi que Lessing et Wieland. Par le classicisme, l’art doit retrouver les règles de l’harmonie antique et l’harmonie doit naître de l’exercice de la raison au sein de l’esthétique. L’hellénisme germanique s’exprime dans l’œuvre de Hölderlin. Jean-Paul Richter (1763-1825) annonce le romantisme.

Les romantiques et les réalistes

Le romantisme,naît effectivement à léna en 1799, dans la maison d’August Wilhelm von Schlegel (1767-1845). La première génération romantique, groupée autour de la revue Athenaeum, comprenait philosophes, poètes, philologues, écrivains: Fichte, Schelling, Friedrich von Schlegel (1772-1829), Ludwig Tieck (1773-1853) et Wackenroder (1773- 1798). Le romantisme se définit comme un « idéalisme magique », une quête de l’Absolu menée par l’intuition poétique; Novalis compose Henri von Ofterdingen (1802). La deuxième génération se constitue à Heidelberg: Brentano, Arnim , Grimm, Chamisso (1781-1838). De nombreux poètes illustrent le romantisme, qui culmine dans les œuvres de Kleist, Hoffmann, Büchner; Eichendorff (1788-1857) en est le dernier survivant, tandis que Heine fait le lien entre le romantisme finissant et l’école réaliste, suscitée par le matérialisme de Feuerbach.

Le réalisme, qui trouve une forme aboutie chez Keller (1819-1890), englobe les post-romantiques Immermann (1796-1840) et Mörike (1804-1875), Ludwig (1813-1865), les dramaturges Grillparzer (1791-1872) et Hebbel (1813-1863). Le discours nietzschéen contient les interrogations contradictoires du XIXème siècle et annonce celles du XXème siècle. Quatre écoles nées au XIXème siècle se sont prolongées au XXème siècle: le naturalisme est illustré par les pièces très sombres de Hauptmann (1862-1946); l’impressionnisme par Liliencron (1844-1909) et Christian Morgenstern; le néoromantisme par le Viennois Hugo von Hofmannsthal (1874-1929); enfin, le symbolisme s’exprime dans l’œuvre de Stefan George (1868-1933). En marge du symbolisme, Rainer Maria Rilke consacre son œuvre à une méditation sur la mort et l’invisible.

Guerres et après-guerres

Après la guerre de 1914-1918 et jusqu’en 1925, l’expressionnisme donne à la littérature et à l’art allemands un rayonnement considérable. Quelques écrivains (Wassermann, Thomas Mann, Franz Kafka) restent à l’écart de toute école. Hermann Hesse (1877-1962) est l’un des premiers, au XXème siècle, à subir « l’appel de l’Orient ». La littérature qui précède l’avènement du nazisme se veut objective et militante; elle trouve en Bertolt Brecht un grand représentant. La période nazie, avec l’exil de Mann, de Brecht, de Zweig, marque une régression de la littérature, consacrée à la propagande. Ernst Jünger, Ernst von Salomon sont de précieux témoins de cette période. Après 1945, les romanciers autrichiens Robert Musil et Heimito von Doderer apparaissent aussi importants que Joyce ou Proust.

Günter_GrassSuccédant à la littérature des ruines (Trümmerliteratur), née de la guerre (Nossack, Heinrich Boll en R.F.A.; Anna Seghers en R.D.A.), le Groupe 47 apparaît comme le mouvement de la rupture avec le passé et suscite les œuvres de Grass (Le Tambour), d’lngeborg Bachmann, d’Uwe Jonhson. Entre-temps, deux œuvres n’ont cessé de fasciner les écrivains: celles de Gottfried Benn (1886-1956) et de Paul Celan (1920- 1970).

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Littérature de langue allemande de Maïeuta en français (auteurs)





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