Clément Marot

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Notice biographique:

C’est le fils du poète Jean Marot, auteur de poèmes didactiques et rhétoriqueur.  La carrière littéraire de Clément Marot est étroitement liée à la cour de François Ier et sa soeur Marguerite d’Angoulème, duchesse d’Alençon, puis reine de Navarre. De 1527 à 1534, Marot est le poète officiel du roi ce qui lui inspire des pièces de circonstances relatives à la vie de François Ier. Devenu suspect d’hérésie, il est condamné à la prison. L’Enfer (1532), une violente satire des juges et de la justice, relate son séjour au Châtelet.

L’intérêt littéraire de Marot réside dans les petites pièces qui se rapportent à sa propre existence.  Ses épîtres [1], rondeaux et ballades sont de petites merveilles d’esprit de sensibilité et de grâce.

Marot a été un des premiers à introduire, d’Italie en France, le sonnet [2] et l’élégie.

Extrait

Dans cette Epître (1518) le jeune Marot n’est qu’un disciple des Grands Rhétoriqueurs.  Ce poème n’est qu’un calembour, une succession de rimes équivoquées formées du mot “rime” et ses dérivés.

En m’ébattant je fais rondeaux en rime,
Et en rimant bien souvent je m’enrime;
Bref, c’est pitié d’entre nous rimailleurs,
Car vous trouvez assez de rime ailleurs,
Et quand vous plaît mieux que moi rimassez.
Des biens avez et de la rime assez :
Mais moi, à tout ma rime et ma rimaille,
Je ne soutiens (dont je suis marri) maille.
Or ce me dit un jour quelque rimart :
“Viens ça, Marot, trouves-tu en rime art
Qui serve aux gens, toi qui as rimassé ?
– Oui, vois-tu bien, la personne rimante
Qui au jardin de son sens la rime ente,
Si elle n’a des biens en rimoyant,
Elle prendra plaisir en rime oyant;
Et m’est avis que, si je ne rimois,
Mon pauvre corps ne serait nourri mois
Ni demi jour : car la moindre rimette
C’est le plaisir où faut que mon ris mette.”
Si vous suppli qu’à ce jeune rimeur
Fassiez avoir un jour par sa rime heur,
Afin qu’on die, en prose ou en rimant :
“Ce rimailleur qui s’allait enrimant,
Tant rimassa, rima et rimonna,
Qu’il a connu quel bien par rime on a.”

Vocabulaire

je m’enrime : je m’enrhume
marri : fâché
maille : rien – je ne gagne pas un sou
enter : greffer
oyant : ouïr – entendre
mon ris : mon rire
heur : bonheur
rimonna : mot créé par Marot

Extrait

Marot excelle surtout dans les petites pièces, des épigrammes [3].  Cet art de dire des riens avec grâce, Marot le doit certainement à sa vie à la Cour et à l’influence de la préciosité italienne.

Anne, par jeu, me jeta de la neige,
Que je cuidais froide certainement;
Mais c’était feu; l’expérience en ai-je,
Car embrasé je fus soudainement.
Puisque le feu loge secrètement
Dedans la neige, où trouverai-je place
Pour n’ardre point ? Anne, ta seule grâce
Eteindre peut le feu que je sens bien,
Non point par eau, par neige, ni par glace,
Mais par sentir un feu pareil au mien.

Vocabulaire

je cuidais : je croyais
ardre : brûler

[1] une lettre en vers
[2] poème de 14 vers et 4 strophes : 2 quatrains sur deux rimes embrassées (ABBA) et 2 tercets sur trois rimes (2 rimes plates (CC), quatre vers à rimes croisées (DEDE))
[3] petit poème qui ne compte que 8 ou 10 vers

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L’école de Marot
Clément Marot (1495-1544), familier de Marguerite de Valois et de François Ier, a dépeint lui-même sa jeunesse aventureuse.

Sur le printemps de ma jeunesse folle,
Je ressemblais à l’arondelle qui vole,
Puis ça, puis là: l’âge me conduisait
Sans peur ni soin où le coeur me disait.

Il continua toute sa vie ses goûts légers. Il fut deux fois mis en prison, la première comme partisan de la Réforme, la seconde pour avoir arraché aux mains de la prévôté un criminel qu’on venait d’arrêter. Sa traduction des Psaumes, censurée par la Sorbonne*, l’obligea de se réfugier à Genève, puis à Turin où il mourut. Marot n’a pas été surpassé dans l’épigramme, le rondeau, le madrigal et l’épître badine. « Il a tout le sel de l’esprit gaulois, mais il manque d’élévation. Ce n’est pas que ce génie vif, alerte et délicat ait manqué d’énergie, il avait tout de l’abeille: le miel, l’aiguillon et même les ailes. » (Géruzez)

Marguerite de Navarre (1492-1549), soeur de François Ier, fut la protectrice de Marot. Elle devint reine de Navarre par son mariage avec Henri d’Albret, aïeul de Henri IV. Sa petite cour de Nérac (capitale du duché d’Albret) fut l’asile des lettrés et des Réformés.

Le recueil de ses poésies est connu sous le nom de Marguerites (perles) de la Marguerite des Princesses. Elle a composé aussi l’Heptaméron dont voici le sommaire. L’auteur suppose que plusieurs personnes sont retenues dans une auberge par une crue du Gave; pour faire passer le temps, une dame propose de raconter des histoires chaque jour. Ces récits s’arrêtent au septième jour et forment ainsi un Heptaméron. On trouve dans les oeuvres de cette princesse beaucoup d’imagination et d’esprit.

Mellin de Saint-Gelais (1491-1558) est le plus brillant disciple de Marot, mais ses oeuvres, toutes de courte haleine, ne sont, comme dit Pasquier, que « de petites fleurs et non fruits d’aucune durée », de jolis riens finement ciselés qui ne devaient guère lui survivre.

*La Sorbonne est le nom donné à la faculté de théologie de Paris. C’était d’abord un simple établissement d’éducation à l’usage des ecclésiastiques, fondé en 1252 par Robert de Sorbon, chapelain de Louis IX. Les décisions de la Sorbonne faisaient autorité pendant les XIV, XV, XVI et XVIIe siècles.

Source: Précis 02.

Clément Marot - Huictain

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