Gargantua (1534)

Ce livre, La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, est un retour dans le passé : Rabelais conte maintenant la vie de Gargantua.
Rabelais nous y parle de l’enfance et des études de Gargantua, d’abord instruit par des théologiens de la Sorbonne, puis par un humaniste; de ses exploits dans la guerre Pichrocholine, une critique sur les ambitions des princes qui aspiraient à la monarchie universelle.
A l’aide des aventures de son héros, Rabelais exprime de nouveau ses idées sur le problème de l’éducation, il attaque les théologiens de la Sorbonne et se prononce pour un retour à la doctrine évangélique.
La Sorbonne condamne le livre déjà en l’année de sa publication.

Extrait

Condamnant “la vicieuse manière de vivre de Gargantua”, Ponocrates fait appel à un médecin pour le “remettre en meilleure voie”. Il lui nettoya toute l’altération et perverse habitude du cerveau. Par ce moyen Ponocrates lui fit oublier tout ce qu’il avait appris sous ses antiques précepteurs.

Après, en tel train d’étude le mit qu’il ne perdait heure quelconque du jour : mais tout son temps consommait en lettres et honnête savoir. S’éveillait donc Gargantua environ quatre heures du matin. Cependant qu’on le frottait, lui était lue quelque page de la divine Ecriture hautement et clairement, avec prononciation compétente à la matière, et à ce était commis un jeune page, natif de Basché, nommé Anagnostes. Selon le propos et argument de cette leçon, souventes fois s’adonnait à révérer, adorer, prier et supplier le bon Dieu, duquel la lecture montrait la majesté et jugements merveilleux.

Puis son précepteur répétait ce qu’avait été lu, lui exposant les points plus obscurs et difficiles. Considéraient l’état du ciel, si tel était comme l’avaient noté au soir précédent, et quels signes entrait le soleil, aussi la lune, pour icelle journée.

Ce fait, était habillé, peigné, testonné, accoutré et parfumé, durant lequel temps on lui répétait les leçons du jour d’avant. Lui-même les disait par coeur et y fondait quelques cas pratiques et concernant l’état humain, lesquels ils étendaient aucunes fois jusque deux ou trois heures, mais ordinairement cessaient lorsqu’il était du tout habillé.

Puis par trois bonnes heures lui était faite lecture. Ce fait, issaient hors, toujours conférant des propos de la lecture, et se déportaient en Bracque, ou ès près, et jouaient à la balle, à la paume, à la pile trigone, galantement s’exerçant les corps comme ils avaient les âmes auparavant exercé. Tout leur jeu n’était qu’en liberté, car ils laissaient la partie quand leur plaisait, et cessaient ordinairement lorsque suaient parmi le corps, ou étaient autrement las. Adonc étaient très bien essuyés et frottés, changeaient de chemise, et, doucement se promenant, allaient voir si le dîner était prêt. Là attendant, récitaient clairement et éloquentement quelques sentences retenues de la leçon.

Cependant Monsieur l’Appétit venait, et par bonne opportunité s’asseyaient à table. Au commencement du repas, était lue quelque histoire plaisante des anciennes prouesses, jusques à ce qu’il eût pris son vin.

Lors, si bon semblait, on continuait la lecture, ou commençaient à deviser joyeusement ensemble, parlant, pour les premiers mois, de la vertu, propriété, efficace et nature de tout ce que leur était servi à table : du pain, du vin, de l’eau, du sel, des viandes, poissons, fruits, herbes, racines, et de l’aprêt d’icelles. Ce que faisant, apprit en peu de temps tous les passages à ce compétents en Pline, Athénée, Dioscorides, … et autres. Iceux propos tenus, faisaient souvent, pour être plus assurés, apporter les livres susdits à table. Et si bien et entièrement retint en sa mémoire les choses dites, que, pour lors, n’était médecin qui en sût à la moitié tant comme il faisait. Après, devisaient des leçons lues au matin, et, parachevant leur repas par quelque confection de cotoniat, s’écurait les dents avec un trou de lentisque, se lavait les mains et les yeux de belle eau fraîche et rendaient grâces à Dieu par quelques beaux cantiques à la louange de la munificence et bénigité divine. …

Vocabulaire
Basché : non loin de Chinon
Anagnostes : mot grec : lecteur
testonné : coiffé
aucunes fois : parfois
issaient hors : sortaient
Bracque : jeu de paume
la pile trigone : à la balle à trois
Pline : savant romain
Athénée … : énumération d’auteurs grecs
cotoniat : confiture de coings
un trou : trognon (détail gigantesque)

Exercice

1. Quelles sont les disciplines étudiées par Gargantua ?
2. Comment son précepteur corrige-t-il l’appel abusif à la mémoire ?


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Gargantua 1532

Gargantua

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